BFM Business

Vaccination: les marins s'estiment également prioritaires

Vaccination le 15 avril 2021 à Montpellier

Vaccination le 15 avril 2021 à Montpellier - Pascal GUYOT © 2019 AFP

Jugés indispendables, les 40.000 marins français appellent le gouvernement à suivre l'exemple d'autres pays.

La vaccination en France accélère notamment du côté des professionnels exposés. Les autorités sanitaires ont en effet annoncé que dès ce samedi, 400.000 professionnels de plus de 55 ans allaient bénéficier en priorité de l'immunisation.

Pour autant, de nombreuses professions exigent également d'être considérées comme prioritaires. C'est le cas des marins. Les armateurs à la pêche et au commerce estiment en effet que les marins sont "particulièrement vulnérables" face à la pandémie de Covid-19, dans un courrier adressé au gouvernement, dont l'AFP a obtenu copie samedi.

Chaînon essentiel pour l'approvisionnement

"L'éloignement des côtes et donc de tout centre médical, ainsi que l'espace exigu d'un navire rend le développement du virus particulièrement dangereux et rapide", écrivent les signataires de ce courrier adressé vendredi au Premier ministre Jean Castex.

Parmi les signataires, figurent l'Union des armateurs à la pêche de France (UAPF), l'organisation Orthongel, qui regroupe les armements français de pêche au thon tropical, l'Association professionnelle des entreprises de remorquage maritime (Aperma), ou encore Armateurs de France et le Comité national des pêches (CNPMEM).

La missive souligne que deux marins embarqués à bord d'un thonier du groupe réunionnais de pêche industrielle Sapmer sont récemment décédés des suites du Covid-19 et deux autres sont actuellement en réanimation.

Elle demande ainsi au Premier ministre de mettre les près de 40.000 marins, "dont la vulnérabilité est liée à un environnement de travail unique, sur la liste des publics à vacciner prioritairement".

Craintes que la vaccination des marins devienne une condition d'entrée dans certains pays

"Dès le début de la crise sanitaire, ces professionnels ont été jugés indispensables au maintien des chaînes logistiques et cordons ombilicaux des îles françaises (marins au commerce) ou de l'approvisionnement alimentaire (marins pêcheurs)", font valoir les organisations signataires.

Alors que certains Etats ont déjà débuté la vaccination de leurs marins, elles font en outre part de leurs craintes "que la vaccination des marins devienne rapidement une condition impérative d'entrée dans certains pays".

Les marins sont souvent contraints de se rendre à l'étranger pour rejoindre leur navire ou le quitter.

L'ensemble des marins embarqués sur les navires battant pavillon français, quelle que soit leur nationalité ou leur régime de sécurité sociale, doivent bénéficier de cette vaccination prioritaire, plaident enfin les auteurs de la missive.

Les marins ne sont pas les seuls à vouloir se faire entendre du gouvernement. On peut citer les caissiers et les caissières dans la grande distribution, les conducteurs de bus, les agents de nettoyage, les agents des services de l’eau ou de l’énergie ou encore ceux qui prennent des risques spécifiques comme les éboueurs. Tous exigent d'être également être considérés comme prioritaires pour la vaccination.

Pour Laurent Berger, le secrétaire général de la CFDT, il faut offrir le vaccin à tous les "salariés de la deuxième ligne (...) dont le mécontentement augmente, parce qu’ils sont de nouveau exposés".

Caissières, chauffeurs de bus...

Ces salariés ont reçu le soutien de leurs directions. Dans la grande distribution, Michel-Edouard Leclerc demandait il y a peu sur RMC un accès prioritaire à la vaccination pour ses salariés qui le désirent. "Ce personnel qui est au contact du public, je demande à ce qu'il soit priorisé dans les campagnes de vaccination s'ils le demandent".

Dans les déchets, Bertrand Camus, le directeur général de Suez en a fait la demande à Matignon. 

Pour le moment, le gouvernement donne une perspective assez floue. Il faut dire que le gouvernement marche sur des oeufs. "Ce qui bride aujourd’hui la vaccination en France et partout dans le monde, c’est le nombre de doses", expliquait fin mars le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal.

Sur BFM Business, Alain Griset, le ministre délégué en charge des PME bottait en touche début avril. "J'ai entendu les salariés de la grande distribution mais pourquoi pas aussi l'ensemble des artisans commerçants qui sont aussi en contact des publics. Donc il faut le faire dans l'ordre et le moment venu je crois qu'on doit pouvoir les accompagner encore plus qu'on l'a déjà fait" indique-t-il sans plus de précisions.
Olivier Chicheportiche avec AFP