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Le variant Omicron va-t-il freiner la reprise économique?

Les répercussions sur l'économie de la circulation du variant Omicron demeurent encore incertaines. Mais la plupart des experts se veulent plutôt rassurants à ce stade.

Une clôture aux airs de mars 2020. A l'image du plongeon des autres places boursières, le CAC 40 a clôturé vendredi en recul de 4,75%, terrorisé par le nouveau variant du Covid-19, Omicron, qui a conduit certains pays comme Israël, le Maroc, le Japon ou l'Australie à se barricader.

Dans un contexte de cinquième vague, plusieurs cas de contaminations au nouveau variant ont déjà été détectés en Europe. Au sein du Vieux continent, Omicron représente d'ailleurs un risque jugé "élevé à très élevé", selon l'agence de santé de l'UE. De quoi menacer sérieusement la reprise économique actuelle?

Pas forcément, d'après Bruno Le Maire qui a tenu à rassurer en disant ce lundi ne pas avoir de crainte particulière à ce stade pour l'activité tricolore.

"Les places boursières sont toujours des hyper sensibles et des hyper réactives. Notre devoir est de garder notre sang-froid. Je n'ai pas d'inquiétude pour la croissance française, elle est solide et repose sur des fondamentaux qui sont bons", a déclaré le ministre de l'Economie sur France 2.

Même son de cloche du côté de François Villeroy de Galhau pour qui le variant Omicron ne devrait pas modifier les prévisions économiques de la Banque de France:

"Nous devons évidemment suivre attentivement les derniers développements sur (le front de la pandémie) de Covid-19 et de la nouvelle souche Omicron. Mais les impacts économiques des vagues épidémiques successives ont été jusqu'ici de moins en moins préjudiciables et cette nouvelle vague ne devrait donc vraisemblablement pas trop changer les prévisions économiques", a précisé le gouverneur de l'instution monétaire.

"L'économie a su s'adapter"

Il est vrai que chaque vague épidémique a eu par le passé moins de conséquences économiques que la précédente. Après avoir chuté de 30% lors du premier confinement, l'activité tricolore a ensuite reculé de 6% lors de la deuxième vague, de 1% durant la troisième et est resté stable lors de la quatrième.

Autre motif de satisfaction: les indicateurs, qu'il s'agisse du climat des affaires ou du chômage, sont au beau fixe. Et la France dispose d'un acquis de croissance de 6,6% sur l'année 2021, ce qui signifie qu'elle atteindra au moins ce seuil si l'évolution du PIB était nulle au quatrième trimestre.

"Je ne voudrais pas nourrir trop d'inquiétudes: (...) le chômage va mieux, les marges d'entreprises aussi, l'investissement a repris, l'Etat joue encore son rôle de soutien... A l'heure actuelle, au moment où cette cinquième vague arrive, on n'est pas dans une situation où on n'a pas su réagir. Et de vague en vague, l'économie a su s'adapter. On commence à vivre avec (le virus), l'économie sait réagir face à cela, on n'est pas en 2020", explique sur BFM Business Frédéric Farah, économiste et enseignant-chercheur à l'Université Paris Sorbonne.

Fondateur du cabinet d'analyse économique et de conseil Asterès, Nicolas Bouzou estime lui aussi "qu'on a appris énormément et qu'on a un niveau de maturité aujourd'hui très important". "Ce que je trouve intéressant, c'est que pour l'instant, on arrive à faire marcher l'économie sans mesure de restriction", souligne-t-il, à l'exception du secteur du tourisme pour lequel "la situation est inquiétante".

L'efficacité des vaccins en question

Si la situation n'est pas encore alarmante en France, le principal risque pour l'économie hexagonale vient pour l'instant de l'extérieur alors que certains pays d'Europe ont déjà rétabli des restrictions sanitaires strictes et que les fermetures de frontières pourraient se multiplier dans les prochaines semaines.

"Il va falloir voir si ça ne se dégrade pas simplement chez nous mais au niveau européen, dans la mesure où notre économie n'est pas simplement tournée sur la France mais est liée à l'Europe", poursuit Frédéric Farah. L'institut Oxford Economics estime d'ailleurs que l'instauration d'un confinement strict dans les neuf pays européens les plus exposés à la cinquième vague ferait perdre entre 0,7 et 0,8 point de PIB à la zone euro au quatrième trimestre.

Mais une grande incertitude demeure: les vaccins actuels sont-ils efficaces contre le variant Omicron? "C'est évidement la grande question mais même si les vaccins actuels ne marchent pas, (...) on peut refaire des vaccins relativement rapidement" grâce à la technologie de l'ARN messager, rappelle Nicolas Bouzou.

Il reconnaît cependant que cette situation posera une nouvelle "difficulté logistique" et un problème "d'acceptation des populations", ce qui pourrait affecter l'économie. De plus, "la donne a sensiblement changé", puisqu'après des mois de "quoi qu'il en coûte", le gouvernement ne "dispose plus des mêmes marges de manoeuvre" en matière de politique budgétaire. Pas plus que la BCE n'en dispose en matière de politique monétaire dans un contexte de tensions inflationnistes.

https://twitter.com/paul_louis_ Paul Louis Journaliste BFM Eco