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L'euro fête ses 20 ans: le successeur du franc a-t-il fait bondir les prix?

L'euro fête ses vingt ans

L'euro fête ses vingt ans - -

Il y a vingt ans, l'euro remplaçait le franc dans le porte-monnaie des Français. Pour quel résultat sur leur pouvoir d'achat?

Apparu sous sa forme fiduciaire (pièces et billets) en 2002, l'euro souffle sa vingtième bougie ce 1er janvier. Selon une enquête YouGov pour MoneyVox, 56% des Français sont aujourd'hui contre la suppression de la monnaie unique. Ils sont néanmoins 80% à estimer que l'euro a fait grimper les prix et restreint leur pouvoir d'achat. Qu'en est-il réellement?

Entre début 2002 et fin 2021, les prix ont progressé de 31%. En clair, il faut aujourd'hui débourser 131 euros pour un panier de biens qui en valait 100 il y a vingt ans. Dit comme cela, on pourrait croire que l'euro a fait fondre le pouvoir d'achat des Français. Or, il n'en est rien.

Notons d'abord que l'inflation constatée entre 2002 et 2021 correspond à une hausse des prix de 1,3% en moyenne par an, selon l'Insee. Ce niveau d'inflation peut être considéré comme particulièrement modérée. Il est nettement inférieur à la hausse des prix observée entre 1986 et 2001 (+2,1% en moyenne par an) ou entre l'après-guerre et les années 1980 (+10,1% en moyenne par an).

Certains produits ont bien connu des augmentations de prix supérieures à l'inflation ces dernières années, mais sans lien avec le passage à l'euro. Par exemple, le tabac ou les carburants, et plus récemment l'énergie en général, ont vu leurs prix flamber en raison des taxes ou de déséquilibres entre l'offre et la demande mondiale.

Une hausse du Smic supérieure à l'inflation

Si l'inflation a été faible ces dernières années, encore faut-il, pour que les ménages ne voient pas rogner leur pouvoir d'achat, que leurs revenus aient augmenté au moins autant les prix. L'évolution du Smic est un bon indicateur pour le vérifier. En France, le salaire minimum a progressé de 53% entre 2002 et 2021, passant de 6,83 euros à 10,48 euros de l'heure (montant brut). Les salariés payés au Smic ont donc gagné du pouvoir d'achat.

Pour être concrets, prenons l'exemple de la baguette de pain. Son prix a bondi de 35% environ entre 2001 et 2021, passant de 66 à 89 centimes en moyenne, soit plus que l'inflation. Malgré tout, 5,2 minutes de travail payé au Smic sont aujourd'hui nécessaires pour s'acheter une baguette, contre près de 6 minutes il y a vingt ans.

Il en va de même pour nombre de produits comme le café moulu 100% arabica (17,1 minutes de travail nécessaires pour 250 grammes en 2019 -derniers chiffres connus-, contre 20,2 en 2001), un faux-filet de boeuf de 250 grammes (35,7 minutes en 2021, contre 36,7 minutes en 2001) ou l'eau minérale en pack de 6 (17,1 minutes aujourd'hui, contre 25,6 minutes il y a vingt ans).

A 1,68 euro en novembre, le litre d'essence (SP 95) coûte en revanche plus cher qu’il y a vingt ans. 386 minutes de travail au Smic sont nécessaires aujourd’hui pour faire un plein de 40 litres contre 345 minutes il y a vingt ans. Ce qui reflète bien l’augmentation des taxes. En revanche, il fallait travailler près de deux fois plus longtemps pour faire son plein en 1970 qu’aujourd’hui. Avec des véhicules dont la consommation n'a cessé de baisser.

Une perception différente de l'inflation

Si l'euro n'a pas eu pour effet de faire perdre du pouvoir d'achat aux ménages, comment expliquer qu'ils sont nombreux à penser le contraire? L'Insee avance plusieurs réponses. D'abord, rappelons que l'inflation se réfère à un panier de bien de consommation moyen qui ne peut, par définition, retranscrire la réalité de chacun. Les consommateurs composent leurs propres paniers en fonction de leur propre structure budgétaire.

Deuxième explication: "les ménages accorderaient plus d'importance aux prix en hausse qu'aux prix en baisse ou stables, car ce sont les premiers qui peuvent constituer une menace pour l'équilibre de leur budget", souligne l'institut de la statistique. De plus, ils sont plus sensibles à la hausse des prix des produits qu'ils achètent le plus fréquemment.

Or, "l'effet arrondi" à l'euro, au dixième ou au centième supérieur lors de la disparition du franc a entraîné une augmentation du prix des produits du quotidien comme le pain ou les boissons servies dans les cafés. A l'inverse, les gros appareils électroménagers, moins fréquemment achetés, ont vu leurs prix baisser en raison de l'arrondi à l'euro inférieur cette fois.

Enfin l'écart entre la mesure de l'inflation et la perception qu'en ont les Français peut s'expliquer par l'augmentation des dépenses dites "contraintes". Il s'agit des abonnements à Internet, aux mobiles, aux assurances, voire à Netflix qui grèvent le budget des ménages et leur donnent l'impression qu'il ne leur reste in fine plus grand-chose pour consommer.

https://twitter.com/paul_louis_ Paul Louis Journaliste BFM Eco