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René Dosière: "La transparence pousse les élus à dépenser moins"

René Dosière, député PS de l'Aisne, est l'invité de BFM Business.

René Dosière, député PS de l'Aisne, est l'invité de BFM Business. - -

Auteur de l'ouvrage L'Etat au régime, dans lequel il pointe du doigt le gaspillage de l'argent public, le député (PS) René Dosière y explique notamment comment économiser 15 milliards d'euros par an. Il était ce mercredi 19 septembre l'invité de BFM Business.

BFM Business.com: Dans votre ouvrage L’Etat au régime, vous vous attaquez aux dépenses publiques inutiles, et notamment à celles des collectivités locales…

René Dosière: Effectivement. Je parle essentiellement du bloc communal, qui regroupe les communes, les regroupements de communes, et les syndicats simples. Le bloc communal représente des dépenses de 143 milliards d’euros par an, ce qui est assez conséquent. Le problème, c’est que ces dépenses augmentent chaque année.

Les collectivités locales sont-elles si mal gérées ?

Non, il n’y a rien à dire sur leur gestion. Les collectivités locales ont l’obligation de maintenir un équilibre budgétaire, donc leurs emprunts sont exclusivement destinés aux investissements. C’est donc un endettement sain. Les dépenses augmentent beaucoup, mais elles fournissent des services aux habitants. Par contre, les impôts locaux augmentent aussi très rapidement.

Quelle est la solution pour y remédier ?

Les intercommunalités et les communes ont une gestion séparée. On fonctionne un peu "à la bonne franquette", il n’y a aucun contrôle des habitants. Il n’y a aucun système de vases communicants, comme cela devrait être le cas. Si les dépenses de personnel augmentent dans la communauté de communes, alors elles devraient baisser dans les communes. Sauf qu’elles continuent à augmenter dans les deux. Il faut changer ce système, "fusionner" les deux entités, en quelque sorte. Cela ne signifie pas la disparition des communes, simplement modifier leurs compétences. Il faut un pilotage unique, qui gère l’intercommunalité.

A quoi cela ressemblerait-il ?

Par exemple, nous continuerions à élire un conseil municipal. Lui-même élirait un conseil communautaire, qui serait l’émanation de chaque commune. Mais les habitants éliraient parallèlement un conseil communautaire, élu au suffrage universel, qui piloterait le tout.

Faut-il plus de transparence ?

Evidemment. Quand on ne connait pas ce qui se passe, on se retrouve dans la situation d’un médecin qui essayerait d’établir un diagnostic sans voir le corps de son patient. Il faut savoir que jusqu’en 2002, chaque ministre gagnait 6000 euros environ. Comme c’était trop peu, ils recevaient une valise remplie de billets, tous les mois. Ils pouvaient en faire ce qu’ils voulaient, y compris le garder pour eux. Lionel Jospin a supprimé ces valises, et Jean-Pierre Raffarin a augmenté leur salaire, qui atteint maintenant 14 000 euros. Mais il faut se rendre compte que jusqu’à cette date, personne ne savait combien gagnait vraiment un ministre ! Plus de transparence veut dire plus de contrôle. Et cela pousse également les élus à moins dépenser d’argent de manière inutile.

Si toutes les propositions contenues dans votre livre étaient mises en place, combien économiserait-on ?

Environ 16 à 17 milliards d’euros sur le budget des collectivités locales, et 2 à 3 milliards sur le budget de l’Etat.

L’Etat au régime, de René Dosière, aux éditions du Seuil.

Yann Duvert