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Finances publiques

Budget 2023: pourquoi la hausse des dépenses de l'Etat n'en est pas vraiment une

Avec une hausse globale de 14,5 millards d'euros en 2023, et plusieurs ministères qui vont bénéficier d'un budget en hausse de plus de 7%, les dépenses de l'Etat semblent vouées à une inexorable croissance. Pourtant, du fait de l'inflation, elles vont plutôt baisser l'an prochain.

Dans le projet de budget qui sera présenté au Parlement cet automne, Bercy prévoit une hausse globale des dépenses de l’Etat de 3,6%. Toutes missions confondues, les ministères devront faire avec 14,5 milliards d’euros de plus que cette année. Et quand on regarde en détail, les plafonds financiers alloués aux uns et aux autres, on constate six priorités principales, en tête desquelles figurent très clairement le travail et l’emploi.

Budget en hausse de 28% pour le Travail et l'Emploi

Pour apporter un soutien financier majeur à la formation, Bercy prévoit de consacrer aux missions de l’ex-ministère d’Elisabeth Borne, une enveloppe globale de 6,7 milliards d’euros, soit 28% de plus que cette année. Dans l’entretien qu’il a accordé aux Echos, le ministre du Budget insiste sur la finalité de cette hausse massive:

"poursuivre le financement de la formation" et notamment "la montée en puissance de l'apprentissage, avec un objectif de 1 million d'apprentis d'ici à la fin du quinquennat".

Cette priorité accordée à la formation se retrouve également dans l’évolution des budgets alloués à l’enseignement: 5 milliards d’euros de plus. Mais là il s’agit aussi, cas ce cas précis, de financer la promesse du salaire minimum des enseignants en début de carrière à 2000 euros net.

Bercy va devoir, une fois encore, se serrer la ceinture

Parmi les autres priorités qui se voient octroyer de fortes hausses budgétaires, on peut citer la Défense (+3 milliards d’euros +7%) la sécurité et la justice (+2,1 milliards d’euros soit une hausse de 8,9%), mais aussi la solidarité et insertion (+2,1 milliards d’euros, +7,6%) et l’écologie (+1,9 milliards d’euros, +7,6%).

Des hausses aussi massives et, au final, très peu de baisse. A l’exception de Bercy qui, comme chaque année, se serre la ceinture. Avec des effectifs qui vont à nouveau baisser pour contribuer à la baisse de 2 milliards du budget du ministère de l’Economie. A cette réduction des moyens financiers s’ajoute une baisse importante de l’enveloppe financière dévolue au plan de relance, qui passe de 13 à 4,4 milliards.

Un déficit maintenu, comme cette année, à 5% du PIB

La diète que Bercy s’impose ne suffira évidemment pas à éviter un déficit du fait notamment de cette nouvelle hausse globale des dépenses prévues. Le gouvernement continue de prévoir le maintien du déficit à 5% du PIB, comme cette année.

En revanche, contrairement aux apparences, ce budget 2023 s’annonce en rupture avec les précédents. A la différence de l’été dernier, il a été établi en période de forte hausse des prix, à la production, comme à la consommation. Et quand on prend en compte l’inflation, on voit que finalement ces quelques 15 milliards d’euros de dépenses en plus, équivalent en fait à une baisse relative de l’effort financier de l’Etat: "Une diminution de 2,5 % en volume" insiste le ministre des Comptes publics. De fait, l’inflation cette année sera nettement supérieure aux 3,6% de hausse du budget de l’Etat.

Et toutes dépenses publiques confondues (sécurité sociale, collectivités locales) Bercy prévoit une baisse de 0,3%, là encore, en tenant compte de l’inflation. A comparer à l’évolution observée avant la crise Covid. Selon les calculs du site Fipeco, entre 2011 et 2019, les dépenses publiques ont augmenté en moyenne de 0,9% par an.

Pierre Kupferman
https://twitter.com/PierreKupferman Pierre Kupferman Rédacteur en chef BFM Éco