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Baisses de charges: pourquoi Ayrault cible les bas salaires

L'exécutif renoncerait ainsi à porter les baisses de charges sur la totalité des salaires.

L'exécutif renoncerait ainsi à porter les baisses de charges sur la totalité des salaires. - -

Le Premier ministre a indiqué que les 10 milliards d'euros d'allègement de charges du pacte de responsabilité cibleraient les rémunérations les moins élevées. Une mesure qui favoriserait l'emploi au détriment de la compétitivité et inquiète à la fois le Medef et la CFDT.

L'exécutif semble avoir fait son choix. Jeudi 6 mars, Jean-Marc Ayrault a indiqué sur BFMTV que la baisse des charges de 10 milliards d'euros comprise dans le pacte de responsabilité "sera concentrée sur les bas salaires". "C'est là qu'il y a de l'emploi, et que l'on peut embaucher", arguait-il.

Le constat du Premier ministre est corroboré par une note du Haut Conseil pour le financement de la protection sociale qui avait été transmise aux partenaires sociaux fin février. Dans ce dernier document, le Haut Conseil se penchait sur trois scénarios de baisses de charges pour un montant de 10 milliards d'euros.

Le premier retenait une baisse de deux points de cotisations sociales sur toutes les rémunérations. Le deuxième proposait de cibler ces baisses de charges sur les salaires compris entre 1 et 2,1 SMIC. Le dernier, enfin, revenait à concentrer l'effort sur les salaires inférieurs à 1,75 SMIC, soit probablement ce qui se rapproche de l'idée de Jean-Marc Ayrault.

300.000 emplois potentiels

La conclusion du Haut conseil était que le dernier scénario était bien le plus générateur d'emplois, avec une fourchette de 200.000 à 300.000 postes créés. Soit autant voir plus que le Crédit d'impôt compétitivité emploi (CICE), qui, selon l'Insee, créera moins de 300.000 postes "à terme", alors qu'il bénéficie d'une enveloppe de 20 milliards d'euros, c'est-à-dire plus du double du montant des baisses de charges du pacte.

De fait, cibler les bas salaires bénéficie d'avantage aux petites et moyennes entreprises. Or, selon une étude du cabinet KMPG qui avait été publiée en mai 2012, "les PME de 50 à 99 salariés sont les plus créatrices d’emplois depuis 10 ans". Ce qui explique donc pourquoi le gouvernement veut cibler les bas salaires, l'exécutif ayant en tête la lutte contre le chômage, une des principales préoccupations des Français.

Les entreprises exportatrices défavorisées

Mais si l'effet politique est apparent, cette décision ne serait pas sans poser certains problèmes. Tout d'abord, il viendrait s'additionner au CICE, qui a lui comme assiette les salaires entre 1 et 2,5 SMIC, écartant de facto les rémunérations plus élevées.

Ce choix privilégie certains secteurs (commerce, restauration) plus que d'autres (aéronautique). Dans un rapport intermédiaire d'octobre 2013, l'économiste et député PS Pierre-Alain Muet expliquait ainsi que les entreprises peu exposées à la concurrence internationale capteraient 38% du montant du CICE alors que celles "réalisant au moins 5% de leur chiffre d'affaires à l'export ne devraient obtenir que 27% des bénéfices directs".

En clair, les allègements de charges sur les bas salaires favoriseraient les entreprises qui ne sont pas exportatrices, alors que le but du pacte de responsabilité est de restaurer la compétitivité française.

Berger et Gattaz n'approuvent pas

Ensuite, le choix de l'exécutif ne plaît pas, que ce soit du côté du patronat ou des syndicats. Dans les Echos du vendredi 7 mars, le leader de la CFDT, Laurent Berger affirme que "la baisse des prélèvements doit servir la compétitivité et l'emploi. Il ne faut pas des mesures limitées aux seuls bas salaires". "Le pacte de responsabilité doit encourager l'investissement et la recherche, mais aussi la formation et les métiers qualifiés", fait-il valoir.

Une opinion que rejoint Pierre Gattaz, le président du Medef, interviewé dans le Figaro de ce samedi 8 mars: "c'est une erreur. L'ensemble des secteurs d'activité doit être concerné par une baisse effective du coût du travail". Il indique qu'"une baisse de charges concentrée sur les seuls bas salaires n'est pas acceptable pour le Medef et aurait pour conséquence de immédiate de ne pas permettre l'engagement des activités à haute valeur ajoutée dans le pacte de responsabilité" . L'exécutif est donc prévenu.

Julien Marion