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Européennes : le retour du protectionnisme

Siège parlement européen, à Strasbourg.

Siège parlement européen, à Strasbourg. - LAURIE DIEFFEMBACQ / BELGA / AFP

Alors qu’on est rentré dans la dernière ligne droite avant le scrutin de dimanche, cette campagne est marquée depuis le début par une forme de protectionnisme présente dans tous les programmes...

Quasiment tous les candidats remettent en cause les Traités de libre-échange conclus par l'Europe. Il y a ceux qui assument le terme de protectionnisme (RN, EELV, FI). Et puis, il y a ceux qui, sans en employer le terme, restent clairement dans le registre de la protection au nom de l'écologie (LREM, LR).

Deux visions opposées de la mondialisation

A l’origine du duel annoncé entre les deux listes Renaissance (LREM) et RN (Rassemblement National), il y a cette vision totalement opposée de la mondialisation sur laquelle Emmanuel Macron et Marine Le Pen s’étaient opposés lors de l’entre deux tours de la présidentielle. Cette divergence s’était illustrée lors des déplacements médiatisés des candidats sur le site de l’usine Whirlpool à Amiens, menacé d’une délocalisation en Pologne où le coût du travail est moins cher. Au contact des ouvriers en colère, Marine Le Pen y dénonçait les ravages d’une mondialisation ultra violente, et y défendait sa vision d’une préférence industrielle nationale.

Emmanuel Macron lui, expliquait aux ouvriers qu’il n’y a pas de solution miracle, que « la réponse à ce qui vous arrive, ce n’est pas de supprimer la mondialisation ou de fermer les frontières ». Le candidat En Marche prônait à l’époque un modèle où l’Etat n’empêche pas coûte que coûte une fermeture d’usine, mais met le paquet pour accompagner et former les salariés touchés, afin de les aider à rebondir. Aujourd’hui, après avoir résumé l’enjeu de ces élections à un choix à faire entre les progressistes et les nationalistes, la majorité a récemment mis l’accent sur la défense de la souveraineté économique de l’Europe.

Un axe assez largement partagé entre les différentes listes. Dans son programme, La République En Marche n’emploie pas le mot « protectionnisme » mais son slogan de campagne « Une Europe qui protège » est révélateur d’un climat où tout le monde cherche à inventer des garde-fous au libre-échange.

Haro sur les accords de libre-échange

La République En Marche propose de rejeter les accords de libre-échange avec les pays qui ne respectent pas l’accord de Paris sur le climat. Dans un entretien accordé ce mardi à la presse quotidienne régionale, Emmanuel Macron propose ainsi une taxe carbone aux frontières de l'Europe.

De son côté, Nathalie Loiseau émet l’idée de nommer un procureur commercial européen chargé de veiller au respect des engagements pris par les partenaires commerciaux de l’Europe.

Les Républicains n’emploient pas non plus le mot « protectionnisme » dans leur programme, mais certaines de leurs mesures s’y approchent pourtant. Par exemple, ils veulent évaluer tous les 5 ans les contrats de libre-échange, avec une clause de revoyure. Ils prônent aussi une stricte réciprocité avec des pays où nos entreprises françaises peinent à faire du business, alors qu’ils ont accès à notre marché. Enfin, la liste emmenée par François-Xavier Bellamy propose de mettre en place une double préférence, européenne, et française, inspiré du « Buy American Act ». LR veut notamment réserver 50% des marchés publics aux entreprises françaises.

Marchés publics : priorité aux PME locales

Les listes socialistes et écologistes disent aussi assumer dans leur programme une forme de protectionnisme européen, mais au service de l’écologie et de la lutte contre les inégalités. Ainsi, le PS veut revoir tous les accords de libre échange qui n’intègrent pas des critères sociaux et environnementaux assez ambitieux. La liste de Raphaël Glucksmann propose d’instaurer un « Buy European Act », qui réserverait une part des marchés publics aux entreprises européennes à faible empreinte écologique.

La France Insoumise prône aussi la préférence locale dans l’attribution des marchés publics. Sa tête de liste Manon Aubry rejette tout nouvel accord de libre-échange de type Mercosur, et propose de mettre en place des « écluses douanières » au sein de l’Union Européenne, pour freiner les délocalisations au sein du marché unique.

Le Rassemblement National propose de rétablir des protections douanières aux frontières de l’Europe, ainsi qu’une réciprocité totale avec les pays dont les entreprises ont accès au marché européen. De son côté la tête de liste Jordan Bardella réclame une priorité aux entreprises françaises dans la commande publique.

Favoriser l’émergence de champions industriels

Au-delà d’une Europe qui protège, la thématique d’une Europe qui favorise l’émergence de champions industriels est aussi présente. La fusion avortée entre Alstom et Siemens a frappé les esprits. La liste LREM veut « refonder la politique de concurrence pour ne plus reproduire l’erreur du rejet de la fusion Alstom-Siemens et permettre l’émergence de champions européens ».

De leur côté, les Républicains proposent d’établir une liste de secteurs stratégiques qui pourront s’affranchir des règles de la concurrence afin, là encore, de favoriser des champions industriels à l’échelle mondiale.