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Elections européennes : quel impact sur les investisseurs ?

La participation est en progression

La participation est en progression - Capture d'écran BFMTV

En France, le scrutin des élections européennes se tiendra ce dimanche 26 mai. Entre le déclin des partis traditionnels et la montée des eurosceptiques, la situation économique pourrait sensiblement évoluer. Au point de nécessiter quelques arbitrages financiers...

Une fois n’est pas coutume, le vote qui se tiendra ce week-end sera observé de près par les observateurs des marchés. Et pour cause, la situation se révèle inédite.

Les sondages prévoient que les deux forces qui, jusqu’à présent, dominaient la scène politique européenne (les conservateurs du PPE et les sociaux-démocrates du S&D) pourraient ne pas atteindre la majorité parlementaire. Il se profile également que les partis eurosceptiques soient davantage représentés (sans pour autant atteindre la majorité). Ce qui pourrait entraîner une réorientation radicale des politiques économiques à l’échelle mondiale et impacter, in fine, le portefeuille des investisseurs. Ce que confirme Guillaume Dejean, analyste taux de change au sein de l’entité Western Union Business Solutions.

En principe, les investisseurs ont tout intérêt à se montrer attentifs aux remplacements qui s’opéreront à plusieurs postes-clés suite aux élections.

Après les présidences de la Commission européenne, du conseil, ce sera au tour de Mario Draghi de quitter, en octobre prochain, ses fonctions au sein de la BCE. En quoi ce mercato à venir chamboule-t-il les marchés ?

Guillaume Dejean : Il va y avoir un impact car la BCE décide de l’orientation monétaire. Mario Draghi a une personnalité très prudente. Mais qu’en sera-t-il de son successeur ? La question de savoir si le futur président de la BCE prolongera la politique accommodante mise en œuvre depuis 2014 se pose. Techniquement, nous attendons une première hausse de taux qui pourrait avoir lieu d’ici fin 2020. C’est ce qu’anticipent, en tous cas, les marchés en ligne avec le scénario central communiqué par la BCE. Lequel cible un premier resserrement monétaire au plus tôt en 2020.

Clairement, ces élections vont avoir une influence sur les marchés financiers. Pourquoi ? Parce qu’ils redoutent une montée du populisme qui s’accompagne de la peur d’une Europe fragmentée. Une Europe au sein de laquelle on constaterait une plus grande scission entre les eurosceptiques et les pro-européens.

De fait, une éventuelle alliance formée entre l'un des deux principaux groupes politiques au Parlement (PPE et S&D) et les libéraux (ALDE), groupe politique dans lequel se trouve La République en Marche, serait accueillie par les marchés comme une victoire pour le camp pro-européen et raviverait les espoirs portés par Emmanuel Macron durant sa campagne en 2017. Cela s’accompagnerait d’une phase de soulagement pour les acteurs de marchés qui verraient ici l’image d’une Europe un peu plus stable que ce qu’ils redoutaient.

En fonction du score de ces élections, les pays membres de l’Union pourraient réagir en organisant par exemple des élections anticipées. Ces élections peuvent donc déclencher d’autres mouvements dans plusieurs pays phare et placer l’Europe dans une zone de turbulence.

Parmi les noms qui reviennent le plus souvent pour succéder à Mario Draghi figurent Erkki Liikanen, Olli Rehn, François Villeroy de Galhau et Benoit Coeuré… Les deux premiers, des Finlandais, sont perçus comme partisans d’une ligne moins accommodante que les deux Français, qui, eux, s’inscriraient davantage dans la lignée de l’actuel président.

La nomination d’un représentant tricolore pourrait-elle, selon vous, rassurer les marchés ?

Les deux Français ont des sensibilités monétaires semblables à celle de Mario Draghi. Ils ne veulent pas de précipitation. Selon eux, la prudence est de mise le temps d’assister à un redressement de l’économie européenne. Si l’un des Finlandais prenait la présidence de la BCE, cela pourrait occasionner une sortie plus rapide que prévu du cycle monétaire accommodant en Europe. Ce qui aurait des conséquences sur la rentabilité des banques. Toutefois, quel que soit le résultat de ce scrutin, il serait risqué que le futur président tranche fondamentalement avec ce qui a été initié ces dernières années.

Le portefeuille des investisseurs risque-t-il vraiment d’être impacté ? Si oui, quels arbitrages effectuer ?

Ce que l’on redoute globalement, c’est que le ralentissement économique de la zone euro s’inscrive dans la durée. Les taux bas soutiennent les marchés actions. Si bien qu’a priori, il ne devrait pas y avoir de corrections majeures. On attend cependant de voir quel sera exactement l’impact de la guerre commerciale. En fonction, il pourra être opportun pour l’investisseur de restructurer son portefeuille actions au profit d’obligations par exemple. Il peut aussi être judicieux de miser sur l’or plutôt que sur les matières premières comme le pétrole. Lesquelles se révèlent nettement plus volatiles et sensibles à ces décisions.

Au niveau monétaire, le dollar reste fort et l’euro tente de garder la tête hors de l’eau. La situation serait d’autant plus risquée pour l’euro s’il y avait, par exemple, de nouveau de fortes turbulences entre l’Europe et l’Italie. Si la Ligue du Nord réalisait un bon score dans le pays, la pression monétaire sur l’Italie serait d’autant plus importante. Sur ce volet, la situation est plus fragile.

Julie COHEN-HEURTON