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Édouard Philippe annonce une réduction de la pression fiscale de 11 milliards d'euros

Le Premier ministre détaille ses mesures économiques.

Le Premier ministre détaille ses mesures économiques. - bertrand GUAY / AFP

Aux Échos, le Premier ministre a clarifié la stratégie budgétaire du gouvernement. Il assure vouloir "provoquer un effet de souffle fiscal en faveur de l'investissement, de l'emploi et de la croissance".

Dans une interview accordée aux Échos ce mardi, le Premier ministre Édouard Philippe fait le point sur l’action économique à venir du gouvernement. À commencer par la baisse des prélèvements obligatoires, d’environ "20 milliards d’euros sur l’ensemble du quinquennat", et dont la moitié sera réalisé "dès l’année prochaine". Au total, le locataire de Matignon promet une réduction de la "pression fiscale de près de 0,6 point de PIB, soit un montant proche de 11 milliards d’euros". "C’est un effort considérable", assure-t-il.

"Nous voulons provoquer un effet de souffle fiscal en faveur de l'investissement, de l'emploi et de la croissance", précise Édouard Philippe. Avant de rappeler que la la réforme de la taxe d’habitation entrera en vigueur dès 2018. Elle représentera trois milliards de baisses d’impôt l'an prochain. "Je tiens à discuter des modalités précises et des compensations nécessaires avec les collectivités locales, lors de la conférence des territoires qui se tiendra lundi prochain", rappelle-t-il.

Un déficit de 2,7% du PIB en 2018

Le gouvernement table sur une croissance de 1,6% en 2017 et de 1,7% en 2018, année au cours de laquelle le déficit public devrait s'établir à 2,7% du PIB, explique le Premier ministre, selon une trajectoire budgétaire communiquée aux parlementaires. Sur le déficit, il affirme toutefois ne pas être "un fétichiste du chiffre", et indiqué que son "objectif politique" était d'être "en dessous de 3%". Le chef du gouvernement promet par ailleurs un recul de la dette publique de 5 points de PIB d'ici 2022.

Fonction publique

Interrogé sur d'éventuelles réductions des effectifs dans la fonction publique dès 2018 pour réaliser les économies précédemment annoncées, Édouard Philippe botte en touche: "Compte tenu du poids de la masse salariale dans ces dépenses, il y a nécessairement une part de l’effort qui doit en provenir. Cela ne veut évidemment pas dire qu’on réduira le salaire des fonctionnaires". Et de poursuivre: "Le vrai travail doit se faire ministère par ministère, et même direction par direction, pour voir ce qui est essentiel et les postes qui peuvent ne pas être remplacés lors des départs en retraite, mais aussi ce qu'on peut faire autrement".

L’ancien maire du Havre insiste une nouvelle fois sur la maîtrise de la dépense publique et explique, en évoquant les collectivités locales, que "chacun doit prendre sa part ".

Hausse d'impôts

Le Premier ministre s’est également justifié sur les trois hausses fiscales annoncées, à savoir le tabac, la taxe carbone et une possible taxe poids lourds: 

"On a 80.000 morts par an dus au tabac. C'est un sujet de santé publique qui ne se traite pas uniquement par l'impôt mais d'abord par la prévention. Ensuite, plus la hausse du prix du tabac est élevée, plus l'impact sur la consommation est important. Dès le budget 2018, nous aurons une hausse significative du tabac."

Sur la fiscalité écologique, "nous poursuivrons la montée en puissance de la composante carbone et allons lancer dès l'an prochain la convergence de la fiscalité de l'essence et du diesel, mais aussi donner sa trajectoire sur cinq ans afin que tout le monde puisse adapter ses comportements", souligne Édouard Philippe, promettant de prendre en compte les situations particulières.

Réforme de la fiscalité du capital

S’agissant de la fiscalité du capital, le locataire de Matignon a là encore rappelé que la réforme de l'impôt sur la fortune (ISF) serait "appliquée intégralement en 2018", chiffrant le coût de cette réforme à 3 milliards d'euros. Autre annonce importante faite par Édouard Philippe: l'instauration d'un prélèvement forfaitaire unique de 30% sur l'ensemble des revenus du capital sera "mise en œuvre dès l'année prochaine, ce qui représente une baisse d'impôt d'environ 1,5 milliard d'euros", précise-t-il. À l'heure actuelle, les revenus du capital sont inclus dans le barème de l'impôt sur le revenu ce qui peut aboutir à une imposition de près de 60%.

Cette réforme de la fiscalité du capital, qui semblait avoir été renvoyée à 2019, était très attendue par les investisseurs. "Ce serait doublement dommage de reporter cette réforme, d'abord parce que c'est une réforme sur laquelle il faut aller vite pour y mettre du capital politique, ensuite parce qu'elle produirait très vite des effets, en orientant moins l'épargne en dehors du financement des entreprises", explique à BFMBusiness.com l'économiste Emmanuel Jessua du Coe-Rexecode, un think tank réputé proche du patronat, la semaine dernière.

Édouard Phlippe prend bien soin de préciser dans cet interview que les produits défiscalisés (Livret A, LDD) "seront toujours exemptés". Autre précision importante concernant cette fois l'assurance-vie. Ce produit d'épargne possède actuellement un régime fiscal qui fait que son imposition est limitée à 23% (7,5% d'impôts et 15,5% de prélèvements sociaux) au bout de huit années de détention du contrat. Un taux donc plus avantageux que les 30%. Édouard Philippe précise bien que ce régime continuera de s'appliquer. "Seuls les nouveaux flux d'investissements au-delà de 150.000 euros seront concernés par le prélèvement forfaitaire", précise-t-il toutefois.

Nucléaire

Enfin, s’agissant de la fermeture de 17 réacteurs nucléaires récemment annoncée par Nicolas Hulot, le locataire de Matignon tente de remettre les points sur les i.

"Ce qu'il a dit est plus prudent que le propos qu'on lui prête. Sur le fond, l'objectif de baisser la part du nucléaire dans la production d'électricité est un objectif formulé par le président pendant la campagne et sur lequel il n'y a pas à discuter. L'idée n'est pas de rompre avec le nucléaire en France mais d'arriver à un mix énergétique plus équilibré", explique-t-il tout en rappelant qu’en matière de nucléaire, le gouvernement "doit composer avec l’Autorité de sûreté nucléaire, qui va se prononcer fin 2018-début 2019 sur toute une série de renouvellement d’autorisation".

Paul Louis avec Julien Marion