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Classement Pisa: les élèves qui s'en sortent sont "ceux qui peuvent prendre des cours particuliers"

Benjamin Morel, maître de conférences en droit public au sein de l'université Paris II Panthéon-Assas, estime que les résultats du classement Pisa de l'OCDE international organisé par l'OCDE dédié au suivi des acquis des élèves met en exergue une école française toujours aussi inégalitaire.

Peut mieux faire. Si l'on se fie à la dernière enquête Pisa (Programme international pour le suivi des acquis) qui vise à mesurer la capacité des jeunes âgés de 15 ans à utiliser leurs connaissances et leurs compétences en lecture, en mathématiques et en sciences, la France ne se révèle, certes, pas dans une délicate posture, mais elle pourrait clairement briller davantage.

Selon les matières, elle se hisse entre la 15e et la 24e place parmi les 36 pays de l'OCDE. Soit à un niveau semblable à celui de l'Allemagne, de la Belgique et du Portugal. Mais d'autres contrées ont un système éducatif bien plus performants... C'est le cas notamment de l'Estonie, du Canada ou encore des Etats-Unis. De l'avis des premiers concernés (à savoir les élèves), ce résultat en demi-teinte serait la résultante d'un manque de soutien de la part des enseignants. Mais pour Benjamin Morel, maître de conférences en droit public au sein de l'université Paris II Panthéon-Assas, invité ce mardi sur BFM Business, la problématique concerne le système tricolore dans son ensemble.

Enseignants multitâches

"On sait que le système français est un système qui coûte beaucoup d'argent mais qui a des aspects fondamentalement dysfonctionnels avec des enseignants qui sont relativement moins payés, moins bien payés que dans les pays étrangers, qui sont assignés également a beaucoup de tâches administratives", explique le maître de conférence.

Et de préciser: "Il y a une partie démotivation, mais il y a une partie avec - d'une certaine façon - une réorientation des tâches de l'enseignant. C'est-à-dire que par rapport à un certain nombre de pays étrangers, nos enseignants aujourd'hui sont bien formés dans leur spécialité, moins bien formés à la pédagogie. (…) Tous ces paramètres-là font, qu'en effet, on a des enseignants qui sont moins à la disposition des élèves".

Un système "dysfonctionnel"

Réalisée en 2018 auprès de 6.308 élèves dans 79 pays et rendue publique ce mardi par l’Organisation de coopération et de développement économiques, l'étude indique que la France se classe très légèrement au-dessus de la moyenne des pays de l’OCDE (avec 487 points) pour ses compétences en "compréhension de l’écrit". Pour autant, les inégalités demeurent.

'Un élément de l'enquête Pisa que l'on retrouve d'année en année et qui se retrouve dans la dernière également, c'est l'importance des inégalités en France. Et cette importance des inégalités, elles est également liée à cela. C'est-à-dire qu'avec un système qui – sur beaucoup d'aspects – est dysfonctionnel, ceux qui peuvent 's'en tirer', c'est ceux qui peuvent prendre des cours particuliers à côté", ou qui disposent "d'un capital social à l'origine", conclut Benjamin Morel.

JCH