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La Cour des Comptes épingle le grand projet informatique de l’Éducation Nationale

La Cour des Comptes épingle le programme informatique de l'Éducation Nationale.

La Cour des Comptes épingle le programme informatique de l'Éducation Nationale. - THOMAS SAMSON / AFP

Dépassement des délais, explosion des coûts… Le nouveau programme informatique de gestion des ressources humaines de l’Éducation Nationale peine à se mettre en place. Surtout, la Cour des Comptes déplore un coût final multiplié par cinq depuis 2008 après deux réévaluations.

C’est une énième critique portée au programme de rénovation informatique SIRHEN (système d’information et de gestion des ressources humaines du ministère de l’Éducation Nationale, de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche). Et cette fois, elle émane directement de la Cour des Comptes qui alerte sur la dérive continue des délais et des coûts de ce projet depuis 2008. À cette date, le coût du programme avait été arrêté à 60 millions d’euros tandis que son échéance de réalisation complète était fixée à 2012. Son coût final avait finalement été estimé dans un premier temps à 286 millions d’euros et sa date de réalisation repoussée à 2023.

Lancé en 2007, le programme SIRHEN semble avoir connu de nombreuses difficultés à l’origine de cette dérive. La Cour des Comptes a recensé la plupart d’entre elles dans un référé publié ce lundi. D’abord, "la complexité du programme SIRHEN a été sous-estimée par le ministère", explique l’instance en charge de la régularité des comptes publics. En effet, il devait notamment assurer la gestion et la paie d’1,2 million d’agents ainsi que la préparation de la rentrée scolaire et l’affectation des moyens. Un autre de ses objectifs visait à "permettre l’alignement de la gestion ministérielle sur le noyau commun […] pour être raccordé à l’opérateur national de paye (ONP)". Le projet intégrait enfin des "fonctionnalités innovantes" telles que "le portail agent, le dossier unique agent ou les outils décisionnels".

La Cour des Comptes déplore dans le même temps le manque de moyens engagés par le ministère de l’Éducation Nationale pour la mise en oeuvre du projet. Des moyens qui auraient pourtant permis selon elle une "prise de conscience suffisamment précoce de cette situation difficile". "Le ministère a mis en place une équipe interne trop réduite et n’a pas établi un dispositif solide et transversal de suivi", ajoute la Cour des Comptes.

Une réévaluation à 320 millions d'euros

Si l’institution présidée par Didier Migaud reconnaît que des efforts ont été faits avec le basculement de 4.000 personnels d’inspection et 14.000 personnels de direction dans le nouvel outil en janvier 2015 et 2016, elle rappelle que les cas de 341.000 enseignants du premier degré public et 396.000 enseignants du second degré public restent à prendre en charge. Elle note par ailleurs l’engagement du ministère qui promet une refondation du programme ainsi qu’un déploiement complet finalement prévu pour 2020. Le coût à terme a quant à lui été réévalué à 320 millions d’euros.

Pour sécuriser la conduite du programme et respecter sa complète mise en oeuvre en 2020, la Cour des Comptes a émis trois recommandations. Elle conseille tout d’abord de "conforter le pilotage stratégique du projet" notamment en renforçant la traçabilité du processus décisionnel et en se basant sur des études d’impacts coûts/délais. Elle appelle dans un second temps à "recentrer le programme sur ses fonctions socles (gestion des moyens, paie, etc.)". Enfin, la Cour des Comptes insiste sur la nécessité de "renforcer et documenter le suivi financier du programme par un budget consolidé".

P.L