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Allemagne : la fin de l’équilibre budgétaire?

Pour financer son programme de transition énergétique, Berlin pourrait rompre la sacro-sainte règle de l’équilibre budgétaire.

C’est une véritable révolution qui se prépare, peut-être, en Allemagne. Selon les informations de Reuters, le gouvernement de la chancelière Angela Merkel pourrait rompre la règle de l’équilibre budgétaire, ce qui se traduirait par un retour au déficit budgétaire. Le tout pour assurer la très coûteuse transition écologique du pays.

Pour le moment, rien d’officiel mais c’est « un haut responsable gouvernemental » qui a soufflé l’idée. « La difficulté consiste à donner forme à un changement aussi fondamental de la politique budgétaire sans ouvrir les vannes du budget fédéral » a-t-il expliqué à l’agence de presse.

Il faut dire qu’il y a désormais un alignement des planètes, dans un pays qui est encore très en retard en la matière, notamment dans son industrie automobile ou sur le plan énergétique. D’abord, la faiblesse des taux d’intérêt rend la dette moins importante. « Ce n’est pas très raisonnable de ne pas s’endetter avec des taux aussi bas » résume Michel Martinez, chef économiste Europe de Société Générale CIB, sur le plateau d’Intégral Bourse. Ensuite, du côté politique, la Commission européenne, désormais dirigée par une ancienne ministre allemande, soutient la nécessité d’un green deal de 1000 milliards d’euros sur 10 ans. « Le FMI et l’OCDE ont dit la même chose. Il y a une petite musique qui monte » renchérit Stéphane Déo, stratégiste de La Banque postale AM sur BFM Business.

Plus un tabou ?

L’Allemagne a largement les moyens de relancer son économie par la dépense publique, puisque le pays présente un excédent budgétaire de 1,7% de son PIB. De quoi augmenter la dépense sans rompre le principe d’équilibre. Pour le moment. Car l’horizon économique a changé pour le pays, désormais menacé de récession. « Ce modèle économique basé sur l’exportation, désormais, l’Allemagne en pâtit » souligne Michel Martinez.

Et le débat de la relance budgétaire secoue les sphères politiques depuis plusieurs mois. « Parce qu'une fois qu'il sera clair qu'émettre de la dette n'est plus un tabou, tout le monde va se bousculer au portillon pour réclamer de l'argent » poursuit la source de Reuters.

Jusqu’à présent, l’Allemagne a toujours refusé le déficit, critiquant les pays européens (notamment ceux du sud) qui pratiquaient cette méthode pour se financer « sur le dos des Allemands ». Si Berlin acte ce changement de paradigme, il s’agira néanmoins de le limiter strictement au programme de protection climatique, évalué à 40 milliards d’euros sur 20 ans.

La constitution autorise Berlin à émettre de nouveaux emprunts à hauteur de 0,35% du produit intérieur brut (PIB), soit l'équivalent de cinq à 10 milliards d'euros par an. Mais cette règle peut être dépassée pour « lutter contre une perturbation de l'équilibre économique global. »

Alors la fin de l’équilibre allemand ? Rien n’est fait mais les marchés ont apprécié cette éventualité. Jeudi soir, le CAC 40 a opéré un joli rebond : +2,31%.