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2019 : choc budgétaire en vue

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- - ERIC PIERMONT / AFP

La réponse à la crise des gilets jaunes vient percuter de plein fouet le budget 2019. A l’arrivée, la facture pour l’Etat va exploser.

Multiplier les annonces pour tenter de désamorcer enfin la crise. À deux jours d'une nouvelle mobilisation des gilets jaunes, le gouvernement a fait plusieurs gestes depuis 24h.

D'abord, la hausse de la taxe carbone n'est pas seulement suspendue pour 6 mois, elle est tout simplement abandonnée pour 2019. Manque à gagner pour l’État : 4 milliards d’euros, au lieu des 2 milliards chiffrés en début de semaine. C’est le prix à payer, pour tenter de mener une concertation nationale du 15 décembre au 1er mars. Concertation à l’issue de laquelle une autre série de mesures en faveur du pouvoir d’achat sera arbitrée. L’exécutif a déjà mis sur la table des négociations plusieurs pistes.

Les pistes à l’étude

Edouard Philippe s’est dit prêt à examiner « toutes les mesures qui permettraient d’augmenter les rémunérations au niveau du SMIC, sans pénaliser excessivement la compétitivité des entreprises », ce qui suppose a priori de jouer sur les charges qui pèsent sur ces salaires.

Bruno Le Maire, qui recevait jeudi 6 décembre les organisations patronales, défend également le versement par les entreprises d’une prime de fin d’année aux salariés. Cette prime serait totalement exonérée de cotisations sociales et salariales (sauf CSG et CRDS), elle serait plafonnée, et ne serait pas comptabilisée dans l’impôt sur le revenu pour ceux qui y sont redevables. Si des employeurs devaient l'utiliser à la place d’une prime qu’ils avaient de toute façon l’intention de verser, le manque à gagner pour l’État pourrait vite être important, explique un spécialiste budgétaire.

Sur la table aussi : les heures supplémentaires exonérées de cotisations sociales, censées voir le jour en octobre prochain, pourraient être avancées. Un décalage de 3 mois par exemple, et le surcout serait alors de 600 millions d’euros (en année pleine, cette mesure coûte 2 milliards d’euros).

Autre geste à l’étude : accélérer les hausses prévues sur la Prime d’Activité. Il s’agit d’une promesse de campagne : elle est censée augmenter progressivement jusqu’en 2021. A l’arrivée, une personne au SMIC gagnera 80 euros de plus par mois. L’idée serait donc de resserrer ce calendrier, ce qui aurait un cout non négligeable pour les finances publiques.

Au cœur des réflexions aussi : la taxe d’habitation, dont la suppression totale pour 80% des contribuables est prévue en 2020. Si la disparition de la taxe intervenait dès l’année prochaine, la facture s’alourdirait alors de 3 milliards d’euros.

Une croissance fragilisée

Toutes ces mesures ne sont que des pistes à l’étude, mais si l’exécutif veut envoyer de nouveaux signaux forts en faveur du pouvoir d’achat à l’issue de la concertation, l’impact budgétaire risque d’être considérable. D’autant que la prévision de croissance de 1,7% inscrite dans le budget 2019, est de plus en plus fragilisée. De nombreux économistes tablent désormais sur 1,5%. Si tel était le cas, le manque à gagner pour les recettes de l’État serait de 1 milliards d’euros. En quelques semaines, c’est donc un choc de plusieurs milliards d’euros qui vient chambouler toute l’architecture du budget 2019.

Comment absorber le choc budgétaire

Pour absorber un tel choc, les entreprises pourraient être mises à contribution (sur les bas salaires, les primes de fin d’année, ou la prime mobilité dont la négociation débute vendredi au ministère du Travail). Le rapporteur du budget à l’Assemblée Joël Giraud (LREM) propose lui une contribution des très grandes entreprises pour compenser le manque à gagner de la suppression des hausses des taxes énergétiques. Selon un spécialiste budgétaire, une mesure plus radicale consisterait à repousser d’un an la bascule du CICE en baisse de charges. Cela dégagerait 20 milliards d’euros au budget de l’État. Le déficit serait non plus à 2,8%, mais 1,9% du PIB…De quoi redonner des marges de manœuvres budgétaires pour financer les mesures de sortie de crise.

Mathieu Jolivet