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Des coursiers sans-papiers de Stuart protestent contre leur radiation

"La majeure partie des livreurs, qu'il s'agisse de Frichti ou de Stuart, sont sans papiers, et les plateformes le savaient parfaitement"

"La majeure partie des livreurs, qu'il s'agisse de Frichti ou de Stuart, sont sans papiers, et les plateformes le savaient parfaitement" - Stuart

Des livreurs sans-papiers ont vu leur compte suspendu. Stuart, filiale de La Poste, assure n'avoir "d'autre choix que se mettre en conformité avec la loi (...)".

Une dizaine de coursiers sans-papiers déconnectés par la plateforme de livraison Stuart, filiale de La Poste depuis 2017, se sont rassemblés mercredi devant le siège de la société dans le XVIIe arrondissement de Paris pour réclamer leur reconnexion et leur régularisation, a constaté une journaliste de l'AFP.

Les livreurs ont vu leur compte suspendu par Stuart alors qu'ils ont mis les bouchées doubles pendant le confinement, a expliqué Moussa Koïta, du syndicat SUD Commerce et Services qui soutient leur combat avec le Clap (collectif des livreurs autonomes de Paris).

Selon L'Obs, qui a publié mardi un article sur le sujet, "au moins 24 livreurs sans-papiers" ont été radiés par la plateforme.

"Ils se sont servis de nous pendant le confinement et maintenant ils nous déconnectent de l'application", explique Amine, qui estime qu'une quarantaine de livreurs de Stuart sont dans ce cas.

Amine était inscrit sous son propre compte avec son passeport algérien, mais d'autres coursiers travaillent sous alias (avec les papiers d'autres personnes) ou sous-louent un compte ouvert par une autre personne auprès de l'application.

Radiés "sans explication claire"

Cheikhou, un jeune Sénégalais qui livre pour Stuart depuis un an et demi, a été déconnecté il y a 3 semaines. Selon lui ils seraient une vingtaine, Sénégalais, Maliens, Ivoiriens et Algériens à avoir été radiés "sans explication claire".

"La majeure partie des livreurs, qu'il s'agisse de Frichti ou de Stuart, sont sans papiers, et les plateformes le savaient parfaitement", assure-t-il. Si Stuart a durci sa politique de contrôle, c'est "à cause de l'affaire Frichti", estime-t-il.

Quelque 200 livreurs sans papiers de la plateforme de livraison de repas Frichti avaient entamé en juin un mouvement de protestation après avoir été radiés. Une moitié d'entre eux ont réussi à engager une démarche de régularisation auprès de la préfecture de police, avec le soutien de la CGT.

Amine comme Cheikhou travaillaient aussi pour Frichti à l'époque mais n'ont pas pu accéder à la régularisation. "On étudie la possibilité de saisir les prud'hommes", a indiqué Amine.

Les livreurs ont demandé à être reçus par la direction de Stuart. La plateforme assure n'avoir "d'autre choix que se mettre en conformité avec la loi dès lors que les fraudes ont été portées à sa connaissance".

"Stuart vérifie systématiquement les pièces d'identité et titres de séjour des livreurs partenaires de la plateforme", indique la plateforme. La vague de déconnexion ces dernières semaines est liée à l'entrée en vigueur en avril d'un "outil informatique d'authentification des documents, capable de détecter des falsifications invisibles à l'oeil nu", explique-t-elle.
PS avec AFP