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Coronavirus: les pêcheurs de Boulogne-sur-Mer en difficulté

Le port de Boulogne sur Mer (photo d'illustration)

Le port de Boulogne sur Mer (photo d'illustration) - PHILIPPE HUGUEN / AFP

À Boulogne-sur-Mer, la pêche tourne au ralenti depuis le début de l'épidémie de coronavirus. Les professionnels du secteur craignent de perdre gros si la situation perdure.

Après un début d'année très perturbé par les multiples tempêtes, les pêcheurs du Nord et du Pas-de-Calais ont également été frappés de plein fouet en mars. Si la météo maritime a été clémente le mois dernier, les fileyeurs et mareyeurs du littoral ont vu leur activité extrêmement touchée par le coronavirus.

À Boulogne-sur-Mer, plus de 50% des entreprises de Capécure sont ainsi actuellement fermées. Dans le plus grand port de pêche de France, les tonnes de poissons péchés ont plongé, de même que leurs prix. Un nouveau coup dur pour les acteurs de ce secteur économique. 

"Les deux premiers mois de l’année, ça a été deux mois de tempête. Puis on a eu quelques mouvements sociaux qui ne sont jamais très bons pour le commerce. Finalement, ça a commencé à repartir fin février sur un niveau normal d'activité, puis il nous arrive cette tuile du coronavirus", déplore Aymeric Chrzan, secrétaire général du syndicat des mareyeurs au micro de BFM Grand Littoral.

Des pêcheurs qui n'ont "pas le droit aux aides"

La situation est particulièrement préoccupante pour les petits pêcheurs. Nombre d'entre eux ont fait le choix de rester à quai, faute de pouvoir respecter les consignes sanitaires de distanciation sur leurs bateaux. C'est le cas de Stéphane Pinto, armateur du bateau Don Lubi et vice-président du comité régional des pêches Hauts-de-France. Sur son bâtiment, impossible pour les pêcheurs de ne pas travailler près les uns des autres. Financièrement, l'armateur craint de perdre gros durant le confinement.

"Aujourd’hui, avec cinq marins, c’est 6000 euros nets à sortir. En quatre mois, c’est 24.000 euros. Pour une activité qui ne fonctionne pas, c’est pas tenable", déplore le pêcheur.

Pour d'autres acteurs de ce secteur, qui expliquent ne pas avoir droit à l'aide de 1500 euros mensuels promise par l'État aux entreprises, rester à quai est impensable, même par temps d'épidémie. Pour avoir droit à cette compensation, il faut en effet justifier des pertes de 70% de son chiffre d'affaires sur mars 2020, par rapport au même mois en 2019.

"En mars 2019, il y a eu 21 jours de tempête, donc on n'est pas sortis du tout. Et comme cette année, on a eu le mauvais temps en février, on est sorti un peu sur mars. Et même si on n’a pas fait grand chose, on n’a pas 70% de pertes", explique Gaëtan Delsart, patron du bateau de pêche Adèle Camille, à Boulogne-sur-Mer. "Donc on n’a pas droit aux aides."

En fin de semaine dernière, quelques chalutiers ont repris la mer à Boulogne. La filière se réorganise petit à petit pour faire face à la crise, mais tous les acteurs de la filière pêche espèrent un retour à la normale rapidement.

Philippine Potentier avec Juliette Mitoyen