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Viande rouge: "il est grotesque de comparer saucisses et cigarettes"

La viande rouge est soupçonnée par l'Organisation mondiale de la Santé de "probablement" favoriser le cancer.

La viande rouge est soupçonnée par l'Organisation mondiale de la Santé de "probablement" favoriser le cancer. - Sheila - Flickr - CC

Au lendemain du classement par l'OMS de la charcuterie et la viande rouge comme denrées qui favorisent le cancer, les professionnels réagissent. Particulièrement en France, première productrice européenne de viande bovine.

Saucisses, jambon, hot-dogs, corned beef, et dans une moindre mesure, les viandes à l'exception de la volaille, pourraient favoriser le cancer, selon une étude internationale qui a suscité une levée de boucliers chez les professionnels de la viande des grands pays producteurs.

En se basant sur plus de 800 études, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), l'agence cancer de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), a classé lundi la viande transformée, essentiellement la charcuterie, dans la catégorie des agents "cancérogènes pour l'homme", tandis que les viandes rouges - qui, selon le CIRC, incluent le porc et le veau - ont été classées comme "probablement cancérogènes".

Des "données triturées"

"Cela ne signifie pas que vous devez arrêter de manger de la viande rouge ou transformée. Mais si vous en mangez beaucoup, vous devriez peut-être penser à réduire" a estimé le Pr Tim Key, épidémiologiste au centre britannique de recherche sur le cancer.

L'évaluation du CIRC a été immédiatement rejetée par la filière de la viande, déjà accusée de favoriser le réchauffement climatique. "Il est clair" que de "nombreux" auteurs de l'évaluation "ont trituré les données pour obtenir un résultat bien précis" a réagi l'Institut nord-américain de la viande (NAMI) qui représente l'interprofession du secteur.

"Il est inapproprié d'attribuer n'importe quel facteur unique à un risque accru de cancer. C'est un sujet très complexe qui peut dépendre d'une combinaison de bien d'autres facteurs comme l'âge, la génétique, le régime alimentaire, l'environnement et le style de vie", a jugé le Centre de liaison des industries transformatrices de viande de l'UE.

"Retourner dans sa grotte"

En France, premier producteur européen de viande bovine, la FNSEA, premier syndicat agricole, relève que même si "la consommation excessive de viande n'est certainement pas à promouvoir", il est possible de "se faire plaisir et avoir un équilibre nutritionnel" en combinant viande et légumes. Le ministre de l'Agriculture, Stéphane Le Foll, a de son côté appelé à ne pas céder à la panique.

L'Australie, un des plus grands exportateurs de viande au monde, a balayé mardi le rapport, jugeant "grotesque" de comparer saucisses et cigarettes. "Cesser de consommer tout ce qui est décrit comme cancérogène par l'OMS reviendrait à retourner dans sa grotte", a encore déclaré le ministre australien de l'Agriculture, Barnaby Joyce. "Il ne faut pas trop s'enflammer et se dire que l'on va mourir d'un cancer du côlon si on mange une saucisse parce que ce n'est pas le cas", a-t-il ajouté.

Des associations végétariennes étaient en revanche satisfaites, affirmant que "les protéines animales ne sont pas bonnes" pour l'homme.

N.G. avec AFP