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Un pacte national pour que les emballages plastiques ne se retrouvent plus dans la nature

Cotons-tiges, pailles, touillettes à café: ces produits en plastique à usage unique seront dans l'avenir interdits dans l'Union européenne.

Cotons-tiges, pailles, touillettes à café: ces produits en plastique à usage unique seront dans l'avenir interdits dans l'Union européenne. - JOSEPH EID / AFP

Elles font partie des plus gros pollueurs "plastique" de la planète. De grandes entreprises comme Coca Cola, Danone, Nestlé France... annoncent la signature avec le gouvernement d’un Pacte National sur les emballages plastiques. Objectif affiché: que le plastique, "source de pollution majeure", ne devienne jamais un déchet.

13 entreprises au total, parmi les plus "émettrices" de plastiques : Auchan Retail France, Biscuits Bouvard, Carrefour, Casino, Coca-Cola European Partners, Danone, Franprix, L´Oréal, LSDH, Monoprix, Nestlé France, Système-U, Unilever annoncent avoir signé un Pacte National avec le gouvernement. La Fondation Tara Expéditions et le WWF France font aussi partie des signataires. 

Dans son communiqué, le gouvernement rappelle que les emballages plastique utilisés pour le conditionnement, le transport et la protection des produits consommés au quotidien représentent près de 60% du plastique retrouvé dans la nature et les océans. Selon la Fondation Ellen MacArthur, au moins 8 millions de tonnes de plastiques se frayent un chemin jusqu’aux écosystèmes marins chaque année – ce qui équivaut à décharger chaque minute le contenu d’un camion poubelle en mer.

Des engagements pour les entreprises...

Les entreprises s’engagent d’abord à établir une liste des emballages problématiques ou inutiles qui devront "à terme" être éliminés… Un emballage problématique étant défini ainsi: ni réutilisable, ni recyclable et/ou qui nécessite des produits chimiques dangereux, et/ou qui risque d’être jeté dans les nature. Ce serait le cas notamment du PVC, que les entreprises concernées s’engagent à ne plus utiliser dans les emballages ménagers, commerciaux et industriels d’ici à 2022. Les autres emballages jugés "problématiques" ou inutiles devraient être bannis d’ici à 2025. 

Autres engagements affichés par les entreprises: atteindre 60% d’emballages plastiques effectivement recyclés d’ici à 2022 (le taux moyen de recyclage est aujourd’hui de 26% en France), concevoir des emballages réutilisables, recyclables et compostables à 100% d’ici à 2025, et mener des actions de sensibilisation auprès du grand public sur la pollution plastique.

Parmi les changements concrets qui pourraient découler de ce Pacte National, le gouvernement cite les briques de lait et de jus commercialisés par les entreprises signataires qui ne contiendraient plus d’aluminium et pour lesquels les pailles en plastiques seraient remplacées. Le fromage à la coupe en libre-service en grande surface serait désormais emballé dans du carton recyclé et recyclable en remplacement des barquettes polystyrènes. Le Pacte prévoit aussi la mise en place d’un espace Bio où les fruits et légumes, les céréales et les légumineuses ne seront plus emballés mais en vrac.

...et pour le gouvernement

Comme les entreprises, le gouvernement s’engage à encourager l’élimination des emballages plastiques problématiques ou inutiles, en commençant par l’interdiction de l’utilisation du PSE (Polystyrène Expansé) dans les contenants alimentaires et gobelets plastiques à usage unique. Le PSE se fragmente très facilement dans l'environnement et l'on en retrouve en grandes quantités sur les plages et dans la nature, comme le relève les études sur les déchets marins. Son interdiction dans les contenants alimentaires est déjà prévue dans le cadre de la directive européenne relative aux plastiques à usage unique, prévue à compter de 2021, et devrait être inscrite dans la future loi économie circulaire. 

Le gouvernement s'engage aussi à inciter à l’élimination du PVC d’ici 2022. Cela pourrait par exemple passer par une modulation de l'éco-contribution financée par les industriels afin que les producteurs se détournent de ce type d'emballage. A ce jour, il n'existe pas de filière de recyclage pour le PVC, ce qui fait que cette résine part en décharge ou en incinérateur. Or, lorsque le PVC est incinéré, c'est une source importante de polluants, notamment des furanes ou des dioxines. Le gouvernement devrait aussi étudier la mise en œuvre de mécanismes financiers pour inciter les entreprises à concevoir des produits recyclables, et améliorer les mécanismes de collecte, de tri et de recyclage.

Les pouvoirs publics, la Fondation Tara Expéditions et le WWF France quant à eux, s’assureront que les entreprises signataires respectent bien leurs engagements. Dès 2021, des travaux seront réalisés tous les six mois afin d’évaluer les avancées qui seront rendues publiques annuellement. Ainsi, les entreprises signataires devront par exemple indiquer le taux de matières plastiques recyclées incorporées dans les emballages.

Un pacte volontaire insuffisant pour les associations

Malgré ces engagements, les associations Zero Waste France et Surfrider Foundation Europe, membres du mouvement Break Free From Plastic qui réunit 1700 organisation de la société civile au niveau international, alertent les responsables politiques. Elles estiment que "le temps n'est plus aux engagement volontaires mais à l’adoption de mesures réglementaires nationales"susceptibles d’enrayer la crise de la pollution plastique".

"C'est vraiment dommage qu'il n'y ait pas d'objectifs chiffrés de baisse de l'utilisation de plastique par les entreprises signataires. C'est pourtant tout l'enjeu des prochaines années: comment ces grands groupes signataires envisagent de croître en découplant cette croissance de leur consommation de plastique ?" s'interroge Laura Chatel, responsable du plaidoyer pour l'association Zero Waste France, "c'est bien que les entreprises s'engagent mais nous allons être extrêmement vigilants à ce que ce pacte ne se substitue pas à des mesures politiques contraignantes". 
Marie Dupin (RMC)