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TOUT COMPRENDRE - Pourquoi Wish est dans le viseur de Bercy

La DGCCRF a obtenu le déréférencement de Wish ce mercredi.

La DGCCRF a obtenu le déréférencement de Wish ce mercredi. - DR

La DGCCRF a obtenu le déréférencement de Wish, en raison de la présence de produits identifiés comme non-conformes. Le site américain n'a que quelques semaines pour se mettre en conformité, sous peine d'être interdit sur le territoire français.

Wish va temporairement disparaître des moteurs de recherche comme Google et des magasins d'application, sur demande des services français de la répression des fraudes. En cause, la présence de produits identifiés comme non-conformes voire même, dangereux.

Le ministre de l'Economie Bruno Le Maire est allé plus loin ce mercredi, menaçant le site d'interdiction sur le territoire français. Dans un communiqué, Wish indique entamer "un recours juridique pour contester [...] une action illégale et disproportionnée menée par la DGCCRF."

• Qu'est-ce que Wish?

Wish est une plateforme américaine de e-commerce fondée en 2010 par Piotr Szulczewski, ancien de chez Google et actuel PDG de l'entreprise. Son offre est basée sur la commercialisation de produits à très bas prix, principalement fabriqués en Chine.

Le site, qui revendique plus de 100 millions d'utilisateurs actifs dans le monde, a très bien résisté pendant la crise. Les neuf premiers mois de l'année 2020, Wish a dégagé un chiffre d'affaires de 1,75 milliard de dollars grâce à l'explosion des ventes en ligne durant la crise sanitaire.

Mais Wish perd de plus en plus d'argent. En 2020, le site indiquait avoir perdu 176 millions de dollars par rapport à la même période en 2019. Depuis son entrée en Bourse sur le Nasdaq en décembre 2020, la valeur de l'action a chuté de 80%, et valait moins de 4 dollars à la cloture mardi soir.

• Pourquoi Bercy surveille Wish?

Le spécialiste des produits à bas prix est dans le viseur de la Direction générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des fraudes (DGCCRF) depuis plusieurs années. En cause, la vente de produits dangereux et non-conformes aux règles de protection des consommateurs.

En 2018, la répression des fraudes alertait déjà sur la dangerosité de certains jouets et produits de Noël achetés sur Wish, à l'image de guirlandes. En novembre 2020, le site aussi été accusé de faire des réductions de prix "trompeuses" et de mettre en vente des produits d'appel qui n'étaient pas réellement disponibles.

Lors de sa dernière enquête, la DGCCRF a analysé plus de 140 produits. Résultat, 90% des appareils électriques analysés étaient considérés comme dangereux, tout comme 62% des bijoux fantaisie et 45% des jouets.

Bercy indique à BFM Business avoir demandé, à plusieurs reprises, à Wish de se mettre en conformité. N'ayant pas reçu de "réponse satisfaisante", la DGCCRF a réclamé le déréférencement du site, comme le lui permet depuis 2020 la loi DDADUE sur la protection du consommateur.

• Wish peut-il se mettre en conformité?

Wish est une place de marché. L'entreprise ne vend pas ses propres produits et se contente de mettre en relation plus de 500.000 vendeurs tiers avec ses 100 millions d'utilisateurs actifs, sur le même modèle qu'AliExpress ou Amazon pour plus de la moitié de ses produits.

Wish n'est pas sourd aux sollicitations de la France. Quand la répression des fraudes signale à la plateforme un produit illicite, il est rapidement retiré, nous assure Bercy. Mais avec autant de vendeurs, contrôler chaque produit relève quasiment de l'impossible.

Surtout, en tant qu'hébergeurs, les opérateurs des places de marché nient toute responsabilité si des vendeurs tiers proposent des produits dangereux sur leur plateforme. Dans un communiqué, Wish assure mercredi n'avoir "aucune obligation légale d'effectuer des contrôles sur les 150 millions de produits proposés à la vente sur notre site web".

Mais un récent jugement concernant Amazon pourrait faire bouger les lignes. Les juges de la cour d'appel de Californie ont estimé en mai que le géant américain était bien responsable des produits proposés par ses vendeurs tiers, affirmant qu'Amazon avait la capacité "d’influencer le processus de fabrication ou de distribution en exigeant une certification de sécurité, une indemnisation et une assurance avant d'accepter de référencer un produit".

Wish n'a "que quelques semaines" pour se mettre en conformité, a révélé Bruno Le Maire ce mercredi. Faute de quoi, le site pourra être interdit sur le territoire français. Il y a peu de chance que la plateforme américaine réussisse à fournir des réponses satisfaisantes à Bercy dans ce délai.

https://twitter.com/Pauline_Dum Pauline Dumonteil Journaliste BFM Tech