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Supermarchés : les caisses résistent encore à la révolution numérique

L’ouverture d’un hypermarché Casino sans caissiers le dimanche semble être une nouvelle preuve de la disparition prochaine des hôtes de caisse. Pourtant, l'humain a encore sa place.

La polémique ne dégonfle pas. Le groupe Casino a annoncé cette semaine l’ouverture prochaine d’un hypermarché ouvert le dimanche toute l’après-midi, à Angers. Son secret ? plus de caissiers sur cette tranche horaire ! Il suffit de scanner ces achats. Une nouvelle avancée vers des supermarchés sans caisses ?

Courant juin, le groupe Carrefour a ouvert un petit magasin de 48 mètres carrés à Massy (Essonne). Il a la particularité d’être un concentré de technologies, véritable laboratoire de l’entreprise pour le futur.

Première innovation : le supermarché est bardé de caméras. Elles suivent en temps réel les clients et sont capables de détecter les produits mis dans le panier. Au moment de passer en caisse, le montant est donc déjà connu sans avoir besoin de scanner les articles. Et justement, pour ce qui est des caisses, elles sont remplacées par un système de reconnaissance faciale qui identifie l’acheteur et prélève ainsi la somme nécessaire sur un portefeuille virtuel. Ce magasin est, pour le moment, réservé uniquement aux salariés de l’enseigne.

« Pas un simple gadget »

Cette expérience s’inspire largement de ce que fait Amazon, de l’autre côté de l’Atlantique. Le géant du e-commerce ouvre des magasins similaires avec un énorme succès : ils génèrent en moyenne 26 000 euros par mètre carré, l’équivalent d’une boutique de luxe. Et sans soucis techniques. « Amazon va en ouvrir de nouveaux, cela prouve que la technologie est au point » souligne Frank Rosenthal, expert en marketing du commerce.

Carrefour n’est d’ailleurs pas la seule marque à s’engager sur cette voie. « Ce n’est pas un simple gadget. Tous les grands du retail travaillent sur des formules sans encaissements » insiste le consultant. Sur les Champs-Elysées, Casino propose un supermarché ouvert 24h/24. Pour les horaires de nuit, il suffit de scanner ses produits avec son smartphone. Côté salariés, seuls des agents de sécurité surveillent des vols éventuels.

Pour les marques, ces nouveaux modèles répondent à plusieurs exigences. D’abord, celle de la rentabilité en économisant du personnel. « Mais c’est aussi un concept intéressant dans les grandes villes » insiste Frank Rosenthal. « Le paiement et le passage en caisse sont les principaux points de friction. A Paris, on peut se faire livrer en 30 minutes, alors ce n’est plus tolérable d’attendre 15 minutes en caisse. »

De son côté, Monoprix se revendique comme la seule enseigne au monde à proposer partout l'encaissement sur smartphone.

Les retraités réfractaires

Ces concepts futuristes signent-ils donc la fin des caisses au supermarché ? Pas forcément, car les usages sont bien différents en fonction des âges et des lieux géographiques. En Chine, le paiement avec le mobile s’est rapidement démocratisé au détriment de la carte bancaire. Pour une simple et bonne raison : « les Chinois ne disposaient quasiment pas de cartes bancaires au moment de l’éclosion du paiement mobile » souligne dans une note Jérémie Herscovic, PDG de SoCloz, une plateforme de digitalisation des points de vente.

En Europe, les bonnes habitudes ont la vie dure. L’argent « physique » tout comme l’hôte ou l’hôtesse de caisse restent des éléments importants notamment pour les retraités. Il s’agit d’une population de plus en plus nombreuse et qui n’est « pas pressée » précise Frank Rosenthal. L’idée de Monoprix est d'ailleurs de déployer les hôtesses de caisse dans les rayons pour de faire l’accompagnement client.

L’avenir n’enterre donc pas les caisses de supermarché mais proposera aux consommateurs de choisir l’usage qui leur parait le plus adapté à leurs attentes. Dans les centres très urbanisés, en revanche, les magasins de proximité risquent rapidement de passer au tout numérique dans les années à venir…

Thomas LEROY