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Sophie Bellon, le contraire d'une fille à papa, prend la tête de Sodexo

La fille du fondateur de Sodexo, Pierre Bellon, a pris ce mardi la présidence de l'entreprise et succède donc à son père. Elle a dû gravir les échelons un à un pour en arriver là.

Son arrivée à la présidence du groupe, elle la doit moins à son nom qu'à son expérience. Sophie Bellon, 54 ans, qui prend ce mardi 26 janvier la tête de Sodexo, l'entreprise familiale créée par son père il y a 50 ans, a d'abord fait ses preuves hors du groupe avant de gravir les échelons de ce géant du CAC 40, aux 420.000 salariés. La fille aînée de la famille Bellon, passée depuis 1994 par différents postes stratégiques, n'a pas toujours travaillé pour Sodexo, créé en 1966, à Marseille, par Pierre Bellon, aujourd'hui âgé de 86 ans.

Cette brune discrète aux cheveux mi-longs et au regard doux a débuté sa carrière aux États-Unis, dans le secteur de la finance, comme conseil en fusions-acquisitions au Crédit Lyonnais, puis dans la mode en tant qu'agent de grandes marques internationales. "Mon père m'avait proposé d'entrer chez Sodexo à cette époque mais je lui ai rappelé qu'il nous a toujours éduqué mon frère, mes deux soeurs et moi en nous disant: tu ne confonds pas arbre généalogique et organigramme", se rappelle la future présidente. "Je n'étais pas prête, j'avais envie d'aller voir ailleurs, ce qui l'avait un peu déçu", se souvient-elle, précisant avoir eu à ce stade "envie d'apprendre à mieux (s)e connaître".

"Si tu es bonne, tu progresseras"

Dix ans, et deux enfants plus tard, elle décide de revenir dans l'Hexagone. Un troisième enfant suit rapidement. En 1994, elle se lance dans l'aventure familiale. "Je me suis dit que ça allait être très différent de ce que j'avais fait avant donc si ça n'allait pas, je n'allais pas rester", assure-t-elle. Mais avait-elle le choix? "Quand je suis rentrée dans l'entreprise, mon père m'a dit: 'si tu es bonne, tu progresseras, mais si tu ne l'es pas, tu ne resteras pas'".

Après plusieurs mois de réflexion le fondateur a tranché. Sophie Bellon est nommée au sein de la direction financière. "Très vite, ça a été passionnant: on prenait une autre dimension, j'étais au coeur et c'était pour moi une belle manière d'entrer dans le groupe", raconte-t-elle en souriant. En 2001, la fille aînée passe à la direction de la planification stratégique du groupe. Cette fois-ci, obtenir le blanc seing du patriarche président "a été plus rapide".

Jamais de 'debriefs' familiaux

"Je n'avais pas de contact avec lui, jamais de 'debriefs' familiaux. Les appréciations, c'était avec mes patrons directs mais pas avec mon père", assure-t-elle. "Il ne voulait pas du tout me traiter différemment des autres. Cela a pu être dur mais c'était positif car c'est aussi une manière d'apprendre". Mais "une fois que j'ai été dans l'entreprise, j'ai surtout cherché à être moi-même", dit-elle.

En 2008, "on m'a demandé de prendre la direction de Sodexo France entreprises. Je n'avais jamais été en charge d'un gros business international et en plus j'étais la fille du patron. Mais quand on est assez transparent avec une équipe et qu'on reconnaît qu'on ne sait pas tout, les gens sont rassurés", décrit cette femme à la réputation de dirigeante humaniste, à l'image de son père. "Et j'ai vite senti qu'ils avaient envie de construire avec moi", souligne-t-elle.

Désignée à l'unanimité

Il y a quatre ans, le père a réuni ses quatre enfants pour leur annoncer qu'il tenait à ce que l'un d'eux lui succède, étant donné que la famille détenait 37,7% des actions et 51,8% des droits de vote. "Mais je n'allais décider en aucun cas à leur place, car je tenais à l'unité familiale", raconte Pierre Bellon, qui ne voulait pas tomber dans des "jalousies entre enfants liées à la succession".

Sophie "a été choisie à l'unanimité après des réunions avec un facilitateur et un comité des sages", précise l'homme qui décrit une fille "très travailleuse, très exigeante vis-à-vis d'elle-même et très sympathique". Pour Anne Méaux, présidente et fondatrice de la société de conseil en communication Image 7, "il s'agit d'une femme très compétente, dotée d'une belle intelligence rationnelle, modeste, qui assurera parfaitement le job". À partir de mardi, cette mère de quatre enfants, qui essaie de continuer à faire du sport "le matin très tôt", cherchera à assurer le développement de Sodexo aux côtés du directeur général Michel Landel.

N.G. avec AFP