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Réponse à l'urgence écologique, les fermes verticales poussent aussi en France

La production hors-sol de salades, de fines herbes ou de champignons dans des bâtiments de plusieurs étages permet de multiplier par 100 les rendements tout en consommant dix fois moins d'eau. Plusieurs projets doivent voir le jour dans les prochains mois en France.

On les appelle les fermes verticales parce qu'elles se passent du sol pour leur production et peuvent ainsi assurer des cultures sur plusieurs étages, en hauteur. Alors qu'un nouveau rapport du GIEC publié ce jeudi pointe du doigt la dégradation de l’état des sols sur la planète, ces exploitations originales pourraient constituer l'une des réponses à cet autre défi écologique.

Le concept n'est pas totalement nouveau. Ce mode de culture existe depuis longtemps, en particulier à Singapour, où la place manque, et au Japon où leur essor s'est accéléré après la catastrophe nucléaire de Fukushima en 2011. Et désormais en France aussi, plusieurs projets sont en cours.

Dans la banlieue de Nantes, la start-up HRVST (pour harvest, récolte en anglais) a érigé une ferme verticale pilote. Sous un éclairage rose et sur des étagères, elle y fait pousser des salades, du cresson ou encore du basilic. HRVST a aussi prévu d'ouvrir avant la fin de l'année une ferme verticale dans une ancienne portion du métro parisien.

Egalement en région parisienne, la municipalité de Romainville (93), doit inaugurer début 2020 sa propre "tour maraîchère" qui, elle, profitera de la lumière du soleil. L'exploitation comprendra en fait deux tours vitrées, la plus haute s'élevant sur 24 mètres. Ce bâtiment a été imaginé par l’agence Ilimelgo. L'objectif de la municipalité: "développer une surface d'exploitation de 1000 m² et ainsi produire chaque année 12 tonnes de fruits, légumes, champignons, fleurs comestibles, plants, semences… soit la consommation annuelle de 200 familles".

Dans les fermes verticales, la culture se fait hors-sol, sur des étagères placées les unes au-dessus des autres. Tout le processus (exposition à la lumière, apports en nutriments et en eau...) est contrôlé automatiquement, voire en temps réel. Avec pour objectif de créer les conditions optimales.

Dix fois moins d'eau

“Les fermes verticales utilisent dix fois moins d’eau et cent fois moins d’espace que les méthodes traditionnelles", souligne un observateur. Autre avantage: "vous pouvez cultiver à proximité des lieux de consommation, ce qui permet de réduire les distances de transport”. Ce qui abaisse également les coûts et l'impact sur l'environnement.

Si le nombre de projets reste encore limité, les investisseurs affluent pour financer les start-up du secteur. En 2017, la jeune pousse américaine Plenty avait levé 200 millions de dollars, un record, notamment auprès du fonds d'investissement de Jeff Bezos. Plus récemment, la start-up allemande Infarm a reçu 100 millions d'euros. Et l'américaine AeroFarms 100 millions de dollars.

Fondée en 2004, cette dernière est considérée comme une pionnière du secteur. Il y a quatre ans, elle a inauguré la plus grande ferme verticale du monde dans le New Jersey, dans la banlieue de New York. D'une superficie de 6.500 mètres carrés, elle peut produire jusqu'à 900 tonnes de légumes par an.

Consommation d'énergie

Si le potentiel existe, le modèle économique doit encore faire ses preuves, plusieurs projets ayant déjà fait faillite. Les plus grandes fermes verticales "ont du mal à dégager des bénéfices car les coûts d'investissement sont très élevés dès le début", explique Henry Gordon-Smith de la société de conseil Agritecture. Elles ne deviennent rentables qu'après sept ou huit ans, estime-t-il. Trois ou quatre ans pour les projets plus petits.

Le concept suscite aussi des critiques. On lui reproche notamment son impact environnemental de leur consommation d'énergie, pour les lumières et la ventilation. Mais ses défenseurs assurent faire la différence grâce à leur moindre utilisation d'eau, leur localisation près des consommateurs et l'absence de pesticides.

Autre écueil majeur: "On ne nourrit pas la planète avec de la salade", remarque Dr Paul Gauthier, chercheur en sciences végétales à l'université Princeton. Aussi est-il essentiel, selon lui, de poursuivre les recherches pour rendre rentable la production en fermes verticales d'aliments plus nutritifs. 

JM avec AFP