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Pourquoi Macron met Intermarché sous haute pression

Pour faire baisser les prix, les distribteurs font pression sur leurs fournisseurs.

Pour faire baisser les prix, les distribteurs font pression sur leurs fournisseurs. - Philippe Huguen - AFP

Bercy a adressé deux assignations au groupe des Mousquetaires pour des pratiques illégales vis-à-vis de ses fournisseurs, selon Le Figaro de ce 27 avril. Le distributeur pourrait devoir payer jusqu'à 2 millions d'amende.

Pour pratiquer les prix les plus bas dans ses rayons, Intermarché aurait mis un peu trop la pression sur ses fournisseurs. Après des mois d'enquête, la DGCCRF (Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes) a accumulé les preuves sur les pratiques discutables du groupe des Mousquetaires. Le dossier est suffisamment étayé pour qu'Emmanuel Macron, Ministre de l'Economie, adresse la semaine dernière deux assignations au groupe, révèle le Figaro de ce lundi. 

La centrale d'achat d'Intermarché aurait ainsi demandé par écrit une garantie de marge équivalente à 3,5 % du chiffre d'affaires réalisé avec chaque industriel. Une clause totalement illégale qui permet à Intermarché d'assurer ses arrières même lorsque la guerre des prix l'obligeait à s'aligner sur les tarifs de ses concurrents, les fournisseurs étant obligés de lui verser rétroactivement une compensation.

Autre pratique illégale mise au jour par la répression des fraudes: les acheteurs du groupe de distribution auraient exigé des baisses de tarifs sans contrepartie (comme des opérations promotionnelles ou des engagements sur les achats de volume). Ils auraient aussi multiplié les clauses illicites dans les contrats, comme l'obligation de reprendre les invendus, des pénalités de retard.

Les dirigeants d'Intermarché ont rendez-vous mi-mai au bureau de la DGCCRF pour se défendre. Le groupe risque en effet une amende pouvant atteindre 2 millions d'euros.

Les professionnels de l'agro-alimentaire inquiets

Intermarché n'est pas le seul distributeur à être dans le viseur de la DGCCRF, qui s'est penchée sur les pratiques des distributeurs après une alerte lancée en 2014 par l'Ilec, une association réunissant 70 industriels de l'agro-alimentaire. Des perquisitions ont eu lieu dans la plupart des centrales d'achat des distributeurs de Leclerc, Carrefour, Auchan Casino, Système U. Mais pour ces derniers, il n'y a pas eu assez de preuves collectées pour entamer des procédures.

Or pour le secteur de l'agro-alimentaire ces mesures sont insuffisantes. Selon l'Ania ( l’Association Nationale des Industries Alimentaires) la situation s'est empirée encore cette année. "Depuis (l'envoi d'une alerte en 2014, NDLR), les centrales d’achat se sont regroupées et les mauvais comportements se sont multipliés" dénonce l'association dans un communiqué publié ce 27 avril.

"L’équilibre du rapport de force s’est effondré à un point tel que l'avenir de la filière alimentaire française, englobant la production agricole et toute notre industrie, la première du pays, est en réel danger," s'alarme-t-elle. Et de demander un entretien avec Manuel Valls pour l'alerter sur les conséquences de la guerre des prix qui pèse sur les 15.789 entreprises oeuvrant dans le secteur agro-alimentaire en France.

C.C.