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Pourquoi la crise du coronavirus pourrait vous obliger à boire du café au goût plus amer

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La demande en café est énorme, l'offre conséquente. Mais le confinement général tout comme la récession qui s'annonce pourraient bien changer les règles du jeu... et influer sur le goût de votre café.

Savez-vous faire la différence entre l'arabica et le robusta? Non? Eh bien ce sera bientôt le cas. La France, qui importe majoritairement le café arabica, réputé pour la finesse de son goût, va devoir laisser plus de place à son cousin, reconnaissable à son amertume plus intense. La faute au coronavirus qui perturbe les échanges du monde entier à commencer par les importations de la fève préférée des confinés.

Transports bloqués, récoltes menacées… C'est un pan majeur de l'agriculture mondiale qui retient son souffle. Le chiffre d'affaire annuel autour du café dépasse les 200 milliards de dollars selon un rapport de Basic, preuve de son importance en Europe et aux Etats-Unis. Plus de deux milliards de tasses sont consommées chaque jour dans le monde avec un produit issu majoritairement du Brésil (un tiers des volumes et principalement de l'arabica), du Vietnam (20% des volumes et essentiellement du robusta) ou encore de la Colombie (10% des volumes).

Des stocks pour affronter la crise

L'émergence du virus a évidemment bousculé le marché. Sans surprise, on observe une baisse massive des ventes hors du domicile, provoquée par le confinement, qui se conjugue à une forte hausse des ventes dans les supermarchés, indique l'Organisation internationale du café (OIC) dans une nouvelle étude.

Premier réflexe des importateurs face à un confinement généralisé: stocker. "Nous avons eu des demandes d'acheteurs dans tous les grands pays - Etats-Unis, Japon, Allemagne", a déclaré à Reuters le responsable de l'un des principaux exportateurs de café brésilien. "En gros, tous les principaux torréfacteurs du monde. Ils veulent recevoir les fèves rapidement, juste au cas où". Clairement, on craint des ruptures d'approvisionnement.

La raison principale se trouve au Brésil, qui ne connait pas encore de problème d'acheminement mais qui redoute les mouvements sociaux des poids-lourds. Surtout, la main d'œuvre risque de manquer cruellement alors que le pays prépare, pour le mois prochain, la plus grande récolte de son histoire. En effet, comment accueillir ces centaines de milliers de travailleurs dans les champs dans les conditions sanitaires nécessaires à l'endiguement de l'épidémie? Enfin, le transport maritime devrait aussi être touché par la crise et handicaper les importations. Même problématique en Colombie.

Café bas de gamme

La situation semble, en revanche, plus calme au Vietnam, qui compte encore très peu de malades du Covid-19 (255 vendredi dernier). Le robusta voit donc son prix baisser, contrairement à l'arabica. Autre levier pour la plante un peu mal-aimée, elle est généralement utilisée pour le café d'entrée de gamme.

Et la récession mondiale va justement faire la part belle au café peu cher car l'investissement dans le café est intimement corrélé à la croissance du PIB, selon l'étude de l'OIC. "Et les effets de substitution sont probables" indique l'organisation. "Les consommateurs sensibles aux prix pourraient ainsi rechercher des alternatives moins chères au café qu'ils utilisaient avant la crise". A moins d'y mettre le prix, le café sera donc un peu plus corsé…

Thomas Leroy