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Oxyde d'éthylène: Bruxelles accusé de vouloir assouplir les rappels de produits

L'ONG Foodwatch et un syndicat d'agents de la DGCCRF accusent la Commission européenne de vouloir "laisser s'écouler sur le marché européen des produits traités illégalement à l'oxyde d'éthylène".

L'ONG Foodwatch, mobilisée contre la présence d'un pesticide cancérogène dans de nombreux produits importés en Union européenne, ainsi qu'un syndicat d'agents de la DGCCRF, accusent la Commission européenne et les Etats membres d'envisager de "laisser s'écouler sur le marché européen des produits traités illégalement à l'oxyde d'éthylène".

"La Commission et les Etats membres envisagent sérieusement un assouplissement des rappels en laissant s'écouler sur le marché européen des produits traités illégalement à l'oxyde d'éthylène, mais pour lesquels les opérateurs n'ont pas pu mesurer cette contamination lorsqu'elle est en dessous du seuil détectable", soit 0,02mg/kg pour les produits fabriqués avant le 14 juin 2021, déplore Foodwatch dans un communiqué.

Un problème également pointé par le syndicat Solidaires CCRF & SCL, première organisation syndicale à la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF), un service de Bercy mobilisé depuis des mois sur le dossier de l'oxyde d'éthylène.

"Agent cancérogène, mutagène et reprotoxique"

"Comment peut-on classer une substance comme dangereuse (...) et donc l'interdire dans l'Union européenne et, 'en même temps', tolérer sa présence dans certains produits intégrant des ingrédients contaminés venant de pays tiers?", s'est interrogé le syndicat dans un communiqué distinct.

Désinfectant gazeux classé comme "agent cancérogène, mutagène et reprotoxique", ce produit chimique, utilisé pour éviter la présence de moisissures et réduire les risques de salmonelles, est interdit dans l'Union européenne.

Sollicité par l'AFP, le ministère de l'Economie français a renvoyé vers la Commission européenne, "décisionnaire sur le sujet", alors qu'une réunion doit se tenir à Bruxelles sur la position à adopter au niveau communautaire face à l'oxyde d'éthylène. Détectés en septembre 2020 sur des produits à base de graines de sésame importées d'Inde, des résidus d'oxyde d'éthylène ont récemment été découverts sur des lots de crème glacée et de sucre en poudre à des niveaux supérieurs à la législation. En cause cette fois, un stabilisant entrant dans la composition de certaines crèmes glacées, la farine de caroube.

Or, selon Solidaires CCRF&SCL, "il a été annoncé que si le principe de précaution reste la règle, les entreprises pourront bénéficier de dérogations au cas par cas pour les denrées fabriquées avant le 14 juin et contenant de la gomme de caroube, si elles ne contiennent pas d'oxyde d'éthylène à des niveaux quantifiables". Pour Foodwatch, "les aliments dont la traçabilité montre qu'ils ont été traités par cette substance illégale violent clairement la réglementation européenne sur la sécurité sanitaire".

P.L. avec AFP