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Orages: la grêle a saccagé des milliers d'hectares de vignobles bordelais

Les violents orages qui ont frappé le Sud-Ouest samedi ont détruit plusieurs parcelles de vignes. La filière se réunit ce lundi après-midi afin de répondre aux inquiétudes des exploitants qui craignent pour leur production.

Les dégâts se chiffrent en millions d’euros. Les violents orages de grêle qui se sont abattus samedi sur la Gironde ont été dévastateurs pour les vignobles bordelais d’appellations Côtes de Blaye, Côtes de Bourg mais aussi Haut-Médoc. Selon les premières constatations effectuées ce lundi matin par le Conseil interprofessionnel du vin de Bordeaux, "entre 6000 et 7000" hectares de vigne ont été touchés.

Environ un demi-millier de viticulteurs sont concernés, à des degrés très divers. Certaines parcelles étant détruites à 100%, d'autres moins fortement, ou partiellement.

L’épisode orageux de samedi est d’autant plus préjudiciable que le vignoble bordelais avait été frappé il y a un an par deux épisodes de gel historique, et sur une échelle plus large encore: 60.000 hectares sur les 114.000 hectares du vignoble dans toutes les appellations. Au final, la récolte 2017 avait subi une baisse de 40% par rapport à 2016. La succession de l’épisode de gel l’année dernière et de grêle cette année rend dès lors la situation particulièrement critique. "C’est inédit", assure Didier Gontier, directeur du syndicat des Côtes de Bourg.

"C'était d'une violence inouïe"

Dans le Bourgeais, situé sur la rive droite de la Gironde et de la Dordogne, 2500 hectares sur 4000 ont été touchés par l’épisode orageux. "On a quasiment 1000 hectares où il n’y a plus rien du tout. On est dans l’analyse du reste de cette superficie", s’inquiète Didier Gontier, ajoutant qu’il est "encore trop tôt" pour connaître précisément la surface touchée.

Selon lui, les grêlons tombés samedi "étaient plus gros que des billes, plutôt de la taille des glaçons que l’on met dans les verres. […] C’était d’une violence inouïe". Et les conséquences sont désastreuses pour les exploitants. "La récolte 2018 est perdue", assure Didier Gontier, ajoutant que la récolte 2019 risque elle aussi d’être touchée.

Réunion de crise

Dans les Côtes de Blaye, certains exploitants ont également perdu l’intégralité de leur récolte. "Au moins 2000 hectares ont été touchés, soit 40% de l’appellation", constate Mickaël Rouyer, directeur du syndicat viticole de Blaye Côtes de Bordeaux. Pour les exploitants "les incidences financières sont très importantes", poursuit-il. D’autant que peu d’entre eux sont assurés pour parer aux aléas climatiques. Selon Mickaël Rouyer, bien que les chiffres exacts ne sont pas connus, ils seraient "moins de 30%".

Pour l'heure, la filière vient en aide aux premières exploitations touchées. Une réunion de crise va se dérouler ce lundi après-midi avec le CIVB pour tenter d’apporter des réponses au désarroi des exploitants. "On a le soutien de nos élus et du sous-préfet. On fait d’abord l’état des lieux et après on va mettre en place des solutions", promet Didier Gontier.

L'augmentation du VCI préconisée

Parmi les revendications des exploitants, l’augmentation du volume complémentaire individuel (VCI) fait figure de priorité. Ce dispositif permet au vigneron de mettre de côté l’excédent de récolte les années généreuses et fait office d’assurance récolte en cas d’intempéries. Seulement, le volume stocké ne doit pas dépasser un certain niveau.

"Il doit augmenter pour atteindre idéalement une demi-récolte à utiliser en cas de coup dur. Les aides publiques, c’est bien, mais ce n’est pas ça qui va aider à ramener le raisin. Cette solution c’est celle qui va être préconisée", assure Mickaël Rouyer, avant d’évoquer une autre piste qui consisterait à "mettre en place des actions inédites de solidarité pour que des vignerons qui n’ont pas été impactés aident ceux qui ont été impactés".

Le réchauffement climatique menace-t-il la production?

À plus long terme, les vignerons s’inquiètent des effets du réchauffement climatique qui pourraient modifier la production de vin. Les vendanges sont déjà réalisés deux à trois semaines plus tôt en France qu’il y a trente ans. D’ici 2050, "le climat de Bordeaux sera celui de Séville, en Espagne", avait déjà alerté l’ancien ministre du Développement, Pascal Canfin.

Dans ces conditions, les exploitants devront s’adapter, au risque de voir leurs vins perdre leur identité. En effet, les variations de températures pourrait faire changer le degré d’alcool ainsi que les arômes. Et les procédés visant à pallier ces effets négatifs risquent, selon les vignerons, d’uniformiser les productions.

Paul Louis