BFM Eco

Les trains de nuit vont-ils faire leur grand retour en Europe?

L'autrichien OBB a annoncé une liaison entre la Belgique et l'Autriche.

L'autrichien OBB a annoncé une liaison entre la Belgique et l'Autriche. - OBB

L'autrichien ÖBB continuer de déployer son offre de trains de nuit, avec l'ouverture en janvier d'une liaison entre l’Autriche et la Belgique. La Suède et la Suisse étudient la mise en place de nouvelles liaisons. En France, une étude doit être menée avant le mois de juin sur la faisabilité de leur retour et un débat au Sénat s'est tenu mercredi.

Et si les trains de nuit revenaient à la mode en Europe? La société autrichienne des chemins de fer ÖBB parie sur ce mode de transport depuis 2016. Et elle étoffe son offre bien au-delà des frontières autrichiennes. Elle vient d'annoncer le lancement dès le 19 janvier d'une liaison deux fois par semaine entre l'Autriche et la Belgique.

Ses trains de nuit Nightjet partiront les dimanches et mercredis de Vienne pour rejoindre la Belgique et y desservir les gares de Liège, Bruxelles Nord et Bruxelles Midi. L'arrivée à sa destination finale est prévue à 10h55. Dans l'autre sens, les trains partiront de la Belgique les lundis et jeudis, à 18h04 pour une arrivée au terminus à 9h14. Les passagers ont le choix entre trois niveaux de confort: des places assises classiques, des couchettes fixes dans des compartiments pouvant accueillir quatre ou six passagers ou des wagons lits permettant de voyager seul, en couple ou à trois, aussi bien assis qu'allongé avec, à disposition un lavabo privatif et, le matin, un petit déjeuner servi à la place.

Un service rentable

Grace à ÖBB, les voyageurs peuvent ainsi emprunter plus de 26 liaisons de trains de nuit, dont Vienne est la plaque tournante, et ainsi rejoindre Zurich, Hambourg, Berlin, Munich, ou encore Venise pendant leur sommeil. Grâce à des partenariats avec d'autre compagnie, il est aussi possible de rejoindre a République tchèque, la Pologne, la Slovaquie, la Slovénie, la Croatie et la Hongrie.

La compagnie a investi 40 millions d'euros pour racheter il y a trois ans l'activité de train de nuit de la Deutsche Bahn, jugée non rentable par l'allemand. Grâce à des synergies avec des opérateurs locaux, une remise au goût du jour des trains, une offre repensée, l'activité est redevenue rentable et représente 20% du chiffre d'affaires. La compagnie autrichienne bénéficie aussi d'un contexte favorable: le train de nuit n'est plus perçu comme ringard ou vieillot, il attire de plus en plus de clients sensibles au "flight shame" et désireux de voyager sans alourdir leur bilan carbone. Le nombre de passagers a augmenté de 10% en 2019 par rapport à 2018 pour dépasser les 1,5 million par an.

Un rapport attendu pour juin

En Europe, plusieurs pays semblent prendre conscience que cette offre est très attendue par certains voyageurs. Au Royaume-Uni, la compagnie privée Caledonian Sleeper a relancé au printemps les ligne entre Londres, Edimbourg et Glasgow. De son côté, la Suède a débloqué 4,7 millions d’euros pour moderniser son offre nationale et a demandé une étude pour le rétablissement de certaines relations internationales de nuit dont les conclusions seront rendues en début d'année prochaine.En Suisse aussi la réflexion est lancée, les CFF envisagent d’en exploiter à nouveau directement, moyennant le versement de subventions.

En France, l'offre s'est réduite depuis 2017, seules deux lignes sont conservées: le Paris-Briançon et le Paris-Latour-de-Carol-Rodez-Toulouse-Portbou. L'attente est forte du côté des passagers, comme le montre les 1650.000 signatures portées sur la pétition "oui au train de nuit". Et les élus sont mobilisés pour en faire la promotion auprès du gouvernement. Un débat s'est tenu le 20 novembre au Sénat. Les élus de droite comme de gauche ont critiqué le désengagement de l’État, en soulignant que les 30 millions d'euros d'investissement annoncés par l'Etat sont insuffisants.

Le secrétaire d’État aux transports Jean-Baptiste Djebbari a reconnu l'utilité des trains de nuit, qui représentent "une offre écologique et sociale pour voyager sur de longues distances". Il a aussi souligné que "l’impératif écologique fait émerger de nouvelles perspectives économiques pour les trains de nuit". Le gouvernement s'est engagé à réfléchir à un nouveau modèle, en s'inspirant notamment du succès autrichien. Comme le prévoit la Loi d'orientation Mobilités adoptée cette semaine, une étude sur le développement des trains de nuit doit être menée avant le 30 juin 2020. Des résultats qui sont impatiemment attendus.

Coralie Cathelinais