BFM Business

Les buralistes financièrement incités à gonfler leurs stocks avant l'arrivée du paquet neutre 

À partir de ce lundi, les buralistes ne sont livrés qu’en paquets de cigarettes neutres, sans logo ni nom de marque. Depuis un mois, ils ont gonflé leurs stocks de 20% en échange de généreuses mais illégales commissions des fabricants de tabac.

Toute occasion est bonne pour arrondir ses fins de mois. Après deux années de lutte contre le paquet neutre, les buralistes en profitent un peu. À partir de ce lundi, ils ne sont plus livrés qu’en paquets de cigarettes neutres, vierges de tout logo. Mais depuis la rentrée, les fabricants de tabac ont mis les bouchées doubles. Pour inciter les buralistes à remplir au maximum leurs linéaires de paquets traditionnels, ils leur proposent de généreuses commissions. Pour chaque paquet supplémentaire commandé, ils leur ont reversé entre 1 euro et 4 euros sous forme de chèque-cadeaux. Soit plusieurs dizaines de millions d’euros au total.

L’effet a été immédiat. Les commandes ont bondi de près de 20% le mois dernier, selon plusieurs sources industrielles. Soit environ 30 millions de paquets supplémentaires. Objectif: vendre le maximum de paquets étiquetés avant leur disparition le 31 décembre.

Jackpot de 50.000 euros pour un buraliste parisien

Ces commissions cachées sont répandues et durent depuis trente ans, même si elles sont illégales. Une pratique peu risquée tant les contrôles des douanes sont rares (environ 200 par an sur le réseau des 26.000 buralistes). Ils le sont encore moins depuis l'instauration de l'État d'urgence qui impose aux douaniers de se concentrer davantage sur la surveillance aux frontières.

D'après la loi, les buralistes n’ont le droit de toucher qu’une commission de 7% sur chaque paquet vendu. Une rémunération que le gouvernement a d'ailleurs récemment accepté de passer à 8% d’ici 2021.

"Certains buralistes réalisent des opérations spéculatives car ils sont certains de voir leurs stocks repris", s’agace l’un d’entre eux. Le gouvernement a en effet fixé des règles qui contraignent les industriels à reprendre les stocks de paquets traditionnels au-delà du 1er janvier. Une stratégie que les fabricants ont joué à fond. Le leader Philip Morris a ainsi loué plusieurs entrepôts en France et en Suisse pour inonder les buralistes des derniers paquets classiques.

Il se murmure même que le plus gros buraliste de France, situé à Paris, aurait commandé pour 500.000 euros de Marlboro (70.000 paquets) et, en contrepartie, aurait touché 50.000 euros de chèques-cadeaux de la part du fabricant.

Matthieu Pechberty