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Le temps se gâte pour Viagogo, le site de vente de billets de spectacle à prix d'or

Les pratiques commerciales de la plateforme pointées du doigt.

Les pratiques commerciales de la plateforme pointées du doigt. - François Guillot - AFP

Billets contrefaits, places revendues à des prix exorbitants, frais injustifiés... Pointée du doigt pour ses pratiques commerciales "trompeuses", la plateforme fait l'objet de nombreuses plaintes de consommateurs, qui s'estiment floués. Même Bercy s'est emparé du dossier.

Ticketmaster, Digistick, France Billet, BilletRéduc, TickeTac ou la Fnac... Les consommateurs disposent d'un large choix de sites internet pour réserver une place de concert ou assister à une rencontre sportive. Mais depuis quelques années, il y en a un qui est pointé du doigt pour ses méthodes de vente plus que douteuses, sans pour autant être inquiété par la justice. Et il porte malheureusement bien son nom: Viagogo.

Extrêmement bien référencé par les moteurs de recherche -Viagogo arrive en 2e page des résultats sur Google avec la requête "billet spectacle"- le site s'approvisionne notamment en places grâce à des "botnets", des groupes d'ordinateurs contrôlés à distance qui captent à grande échelle les billets mis en vente sur les sites officiels... laissant encore moins de chance aux fans d'obtenir une place à sa vraie valeur.

Mais à en croire les plaintes qui s'accumulent de la part de consommateurs lésés, d'organismes ou de syndicats du divertissement, ce n'est pas son seul défaut. "Spéculation sur des places revendues à des prix exorbitants (au-delà de leur vraie valeur), billets contrefaits, duplicatas d'un même billet revendus plusieurs fois... Acheter sur ces sites comporte de nombreux risques, et surtout celui de ne pas pouvoir assister au spectacle!", a récemment prévenu le Prodiss, syndicat national du spectacle et de la variété, qui a en parallèle déposé plainte contre Viagogo.

Ajout de frais supplémentaires

En décembre dernier, la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) a sommé l'entreprise de se mettre au plus vite en conformité avec la loi française et de "faire cesser les pratiques commerciales trompeuses en cours", après avoir été destinataire de multiples plaintes et signalements à l’encontre des sites www.viagogo.fr et www.viagogo.com. Selon la DGCCRF, la plateforme serait en dialogue avec et/ou ferait également l’objet de poursuites en Allemagne, Suisse, Belgique, Italie, Royaume-Uni et Australie.

"Les réclamations portent, en règle générale, sur le paiement d’un prix plus élevé que celui inscrit en valeur faciale du billet, sur l’ajout de frais supplémentaires en fin de transaction ou à l’issue du paiement et sur la présence du nom d’une tierce personne sur le billet. Plus sporadiquement, les plaignants évoquent l’absence de réception des billets achetés, l’absence de correspondance entre la place achetée et le billet reçu ou l’impossibilité de pouvoir accéder à l’évènement avec le billet acheté", nous indique-t-on à la DGCCRF.

4 billets achetés 650 euros et proposés... 12 euros pièce au guichet

Sur le forum de l'association "60 millions de consommateurs", des centaines de témoignages -parfois virulents- sont recensés depuis 2010. Parmi eux, des internautes qui s'estiment floués après l'achat sur Viagogo d'un billet facturé parfois le triple par rapport à sa valeur faciale. Car bien souvent, au moment du paiement, la somme est majorée de "frais de réservation" et d'une TVA injustifiés. Sans compter la pression que met le site aux acheteurs en affirmant que d'autres internautes consultent le même billet au même moment ou que le stock est bientôt écoulé.

Un article du Point publié en 2011 raconte d'ailleurs la mésaventure d'une famille (un couple et deux enfants) venue de Suisse pour assister au ballet du Bolchoï à l'Opéra de Paris. Elle avait acheté sur Viagogo pour 650 euros de billets, mais s'était retrouvée le jour de la représentation dans une loge semi-aveugle, alors que ces places étaient vendues... 12 euros pièce au guichet.

Des partenaires imaginaires

Basée en Suisse depuis 2012 et dans l'État-paradis fiscal du Delaware aux États-Unis, la plateforme a ouvert à Londres en 2006 en tant qu'intermédiaire pour la vente de particulier à particulier. Et comme le rappelle la Tribune de Genève, elle a vite développé des partenariats avec de grands clubs de foot, notamment Chelsea, qui les ont ensuite rompus. "Viagogo se targue aussi de partenariats inexistants: son soi-disant accord avec le Bayer Leverkusen lui a valu un procès. Parmi ses partenaires imaginaires, on trouve des marques comme le PSG et Roland Garros", ajoute le quotidien helvétique.

En avril 2014, le juge des référés du Tribunal de Grande Instance de Paris avait donné raison à la Ligue de football professionnel, qui assignait Viagogo pour vente non autorisée de billets pour la finale de la Coupe de la Ligue. Le mois dernier, la FIFA a de son côté obtenu gain de cause auprès du tribunal de Hambourg, interdisant à Viagogo de proposer des billets de la Coupe du Monde 2018 en Russie sur son site internet www.viagogo.de avant que les billets n’aient été officiellement confirmés ou qu’elle ne les possède physiquement.

J.Mo.