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Lait contaminé: la crise va coûter des "centaines de millions d'euros à Lactalis", selon son PDG

Lactalis

Lactalis - JEAN-FRANCOIS MONIER / AFP

Le PDG du groupe laitier reconnaît que des bébés ont pu consommer du lait contaminé aux salmonelles sur la période 2005-2017. Il estime que cette crise coûtera plusieurs centaines de millions d'euros à Lactalis.

Sa parole est rare mais la crise qui a frappé Lactalis ces dernières semaines l’a obligé à sortir de son silence. Dans un entretien accordé aux Échos, Emmanuel Besnier, PDG du groupe laitier, est revenu sur le scandale du lait infantile contaminé aux salmonelles.

"Nous avons libéré des salmonelles Agona en réalisant des travaux sur les sols et les cloisons de la tour de séchage numéro 1" qui a été fermée "définitivement", explique Emmanuel Besnier dans sa deuxième interview à la presse écrite depuis le début de l'affaire du lait infantile contaminé aux salmonelles début décembre. "La bactérie responsable des problèmes est la même que celle de 2005, époque à laquelle nous n'étions pas propriétaire du site. Elle était confinée dans les infrastructures de la tour numéro 1", précise le PDG.

Pour cette raison, et parce que des salmonelles ont bien été trouvées "dans l'environnement" de l'usine entre 2005 et 2017, "on ne peut donc pas exclure que des bébés aient consommé du lait contaminé sur cette période", admet-il.

"Aucune alerte"

"Nous faisons réaliser des analyses systématiques par un laboratoire extérieur de référence. Il ne nous a communiqué aucune alerte sur les produits. En revanche, nous avons eu deux alertes à la salmonelle en août, puis en novembre, dans l'environnement. Quand cela arrive, on nettoie jusqu'à ce que tout soit conforme. Et on reprend l'activité", poursuit le responsable.

Emmanuel Besnier souligne que durant la période 2005-2017, les analyses sur les produits finis ont toujours été "conformes aux exigences sanitaires" et s'en prend au "laboratoire extérieur de référence" qui en était chargé.

"Nous nous posons beaucoup de questions sur la sensibilité des analyses faites par ce laboratoire. Nous avons beaucoup de mal à comprendre comment 16.000 analyses réalisées en 2017 ont pu ne rien révéler. Nous avons des doutes sur la fiabilité des tests. Ce n'est pas possible qu'il y ait eu zéro positif", dit le PDG du groupe laitier, précisant qu'"une partie importante" des douze millions de produits concernés par les rappels en France "a été consommé".

"Plusieurs centaines de millions d'euros de pertes"

Après ce scandale, les contrôles sur le lait infantile vont être "renforcés", a promis Emmanuel Besnier qui estime les pertes de son entreprise à "plusieurs centaines de millions d'euros".

"Cette affaire peut aussi nous coûter l’agrément à l’exportation sur une période qu’on ne peut pas estimer. C’est la plus grande crise que j’ai eue à affronter dans ma vie de manager. Notre première responsabilité est de mettre en marché des produits sûrs à 100 %. La qualité sanitaire mobilise 600 salariés en France. C’est le contrat de base de notre métier", assure Emmanuel Besnier.

"La fermeture (de la tour de séchage, NDLR) va nous permettre de repartir sur des bases saines avec la deuxième tour toute récente", ajoute-t-il, tout en s'engageant à offrir un programme de mobilité aux salariés concernés par cette fermeture. "Ce plan a été présenté mercredi soir aux représentants du personnel, en leur assurant de notre volonté qu'il n'y ait aucune suppression de poste", dit-il.

Quant aux marques Picot et Milumel, aujourd'hui retirées des rayons, elles seront relancées, précise le PDG. "Cela prendra du temps mais nous ne pensons pas qu'elles soient irrémédiablement affectées", ajoute-t-il, précisant que "le marché du lait infantile est en croissance à l'international".

P.L avec AFP