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L'opération de Cheerios pour sauver les abeilles va-t-elle tourner à la catastrophe?

La marque a fait début mars la promesse de distribuer 100 millions de graines de fleurs sauvages.

La marque a fait début mars la promesse de distribuer 100 millions de graines de fleurs sauvages. - JUSTIN SULLIVAN / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

La maison-mère de la marque de céréales au miel distribue gratuitement des graines de fleurs pour freiner la disparition des abeilles. Mais l'opération pourrait se révéler nocive pour leur environnement.

Cheerios voulait sauver les abeilles en Amérique du Nord. Un territoire où leur population aurait décliné de plus de 40% entre avril 2015 et mars 2016. Mais son opération #BringBackTheBees pourrait en réalité leur être préjudiciable.

La marque a fait début mars la promesse de distribuer 100 millions de graines de fleurs sauvages, que les consommateurs devaient planter pour recréer un environnement favorable aux abeilles, qui ornent les paquets de Cheerios. Et tout commençait bien. Le grand public s'est empressé de commander les sachets gratuits de semences distribués par General Mills, la maison-mère de Cheerios, en partenariat avec le canadien Veseys Seeds. Si bien qu'en fait de 100 millions, c'est 1,5 milliard de graines qui ont fini par être dispersées via le site de l'opération.

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Mais une scientifique a expliqué au site Lifehacker que ces graines pouvaient perturber les écosystèmes dans lesquels elles étaient disséminées, et faire finalement plus de mal que de bien aux abeilles. Kathryn Turner, professeure à l'Université du Colorado spécialisée dans les plantes invasives, explique que "les espèces non-natives présentent le risque de devenir invasives". C'est-à-dire de rivaliser avec les plantes natives, et s'accaparer leurs espaces et leurs ressources. Elles pourraient aussi propager des maladies. La spécialiste précise que "ce n'est pas le cas de toutes les sortes de graines", mais même pour les scientifiques, il est très difficile de prévoir lesquelles vont poser problème dans le futur.

Par exemple, une des espèces de graines du sachet, la "California Poppy", est très bien quand elle est plantée en Californie, mais compte parmi les "plantes exotiques invasives" en Floride, raconte Lifehacker. L'auteur du billet conseille ainsi, pour mieux aider les abeilles, de cesser d'utiliser des désherbants, et de planter des graines de fleurs de sa région.

Proximité supposée avec Monsanto

Les organisateurs de l'opération, eux, restent droits dans leurs bottes. Le directeur du marketing et des ventes de Veseys, John Barret, a expliqué sur CBCnews que "certaines espèces issues de notre mixture [avaient] le potentiel d'être naturalisées, de s'implanter dans la biodiversité locale sans pour autant avoir un impact négatif sur l'environnement".

Autre critique, formulée cette fois par des internautes: la proximité supposée entre Veseys et Monsanto, le spécialiste mondial des OGM. La direction de l'entreprise canadienne, elle, dit se battre contre les rumeurs qui prétendent qu'elle appartient au géant des semences, et assure qu'aucune graine génétiquement modifiée n'est présente dans ses mélanges.

Nina Godart