BFM Business

EssilorLuxottica veut s'offrir les boutiques GrandOptical

Des lunettes de vue (illustration).

Des lunettes de vue (illustration). - FRED TANNEAU / AFP

Le groupe franco-italien veut étendre son réseau de distribution dans le monde en s’emparant des enseignes de GrandVision (Générale d'optique, GrandOptical et Solaris) pour 7 milliards d'euros.

En octobre dernier, le rapprochement du groupe français Essilor, leader mondial des verres ophtalmiques, et de l'italien Luxottica, numéro un des montures de grandes marques, avait donné naissance à un nouveau géant de l’optique. Quelques mois plus tard, le nouveau groupe européen lorgne du côté des Pays-Bas : l’entreprise veut maintenant mettre la main sur le distributeur d'optique néerlandais GrandVision, et serait prête à débourser un peu plus de 7 milliards d’euros. Une telle opération lui offrirait plus de 7.000 magasins dans une quarantaine de pays.

GrandVision, ce sont les enseignes Générale d'optique, GrandOptical ou encore Solaris, bien connues en France notamment.

EssilorLuxottica, pour mener son projet à bien, veut acquérir la participation de 76,72 % détenue par la société d'investissement néerlandaise HAL Holding N.V. dans le capital de GrandVision. « Le prix d’acquisition discuté de façon indicative entre les parties s’élève à 28,00 euros par action », a précisé le groupe dans un communiqué. Mais rien n’est encore acquis : aucun accord n'a été conclu pour le moment et, même si elles ont été confirmées par les deux parties, les discussions pourraient très bien déboucher sur une impasse.

Il faut dire que les chiffres sont alléchants : pas moins de 15 millions de paires de lunettes correctrices ont été vendues en 2015 rien qu’en France, observe l’Institut supérieur d’optique. D’ici 2050, le nombre de myopes devrait doubler à l’échelle mondiale. Le groupe, qui a racheté LensCrafters ou Sunglass Hut en Amérique du Nord, possède déjà 9.000 magasins dans le monde. En mettant le grappin sur les enseignes de GrandVision, EssilorLuxottica s’imposerait comme le poids lourd de la distribution de lunettes en Europe.

Crise de gouvernance

Si l’opération semble en bonne voie, reste qu’elle pourrait être contrariée… par EssilorLuxottica. Le groupe franco-italien est empêtré dans une profonde crise de gouvernance depuis la fusion des deux entreprises. Les fiançailles avaient été euphoriques en janvier 2017, avec la promesse d'un géant mondial de l’optique affichant plus de 15 milliards d'euros de chiffre d'affaires annuel, 140.000 salariés dans le monde et une capitalisation boursière de quelque 50 milliards d'euros. La mise en œuvre effective de l’union, avec l’intégration des activités des deux sociétés, avait été moins enthousiaste.

Entre les deux côtés des Alpes, la guerre est déclarée depuis plusieurs mois, malgré une succession de trêves et de réconciliations de façade. Seize membres, désignés pour moitié par Essilor et pour l'autre moitié par Luxottica, composent actuellement le conseil d'administration du groupe. Or, le PDG et principal actionnaire du groupe Leonardo Del Vecchio, fondateur de Luxottica, et son vice-PDG délégué Hubert Sagnières, ancien PDG d'Essilor, s’accusent mutuellement de vouloir prendre le contrôle du groupe, en violation des accords prévoyant une fusion entre égaux, paralysant l’activité de l’entreprise.

Les dirigeants, s’efforçant de rassurer les actionnaires et les investisseurs, avaient fini par s’entendre sur un fragile compromis au mois de mai. Le groupe doit notamment trouver un directeur général d’ici la fin de l’année prochaine, laissant présager de nouvelles divergences entre les deux parties.

Jérémy BRUNO