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En crise profonde, le vin de Bordeaux tente de rebondir

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Le vignoble fait face à une désaffection des consommateurs français et surtout à une chute des exportations vers la Chine.

Le vin rouge fait grise mine. Les vignobles du bordelais (85% de vins rouges), ont vu leurs ventes baisser de 3% en volume en 2018 à 626 millions de bouteilles (le chiffre d'affaires progresse néanmoins de 4% à 4 milliards d'euros) après -2% un an plus tôt, plombés par une série de facteurs.

Conjoncturels d'abord avec des prix en hausse à cause du grand gel de 2017 qui a fait baisser la production de 39% (une première depuis 1990) permettant à la concurrence étrangère de percer en grande distribution. Sans oublier la loi Egalim qui limite les promotions sur le vin à 34%.

Structurels ensuite, avec une désaffection grandissante de la part des consommateurs qui se tournent vers d'autres vins, notamment le rosé mais aussi une tendance globale de baisse de la consommation d'alcool en France. Résultat, en 2018, les ventes de Bordeaux en France ont ainsi chuté de 12% à 144 millions de bouteilles.

Mais c'est aussi la chute de l'export qui fait souffrir le bordelais. 52% des 4 milliards d'euros que génèrent le bordelais viennent des exportations. Or, les ventes en Chine ont dévissé de 31% à 58 millions de bouteilles, de 4% à Hong Kong (10 millions), de 9% vers l'Union européenne et de 1% aux Etats-Unis (26 millions). 

Résultat, les exportations en volume ont chuté de 14% en 2018 (-16% en dehors de l'Union européenne) après avoir déjà reculé en 2017. En valeur, le marché progresse néanmoins de 3%.

Une image vieillotte

A cela, il faut ajouter quelques erreurs stratégiques comme le passage tardif au bio et la persistance d'une multitude d'appellations qui complexifient l'offre auprès des consommateurs. En outre, le vin rouge de Bordeaux souffre d'une image un peu vieillotte.

Face à cette situation, la filière tente de se mobiliser. En avril 2018, le CIVB, le Conseil interprofessionnel des vins de Bordeaux, lance un plan d’envergure baptisé Ambition 2025 dont l'objectif est de "de développer la valeur et les volumes durablement".

Ces vendredi et samedi, plus de 1.300 vignerons et négociants seront présents sur un millier de points de vente dans 670 villes françaises à l'occasion d'une tournée des vins de Bordeaux pour la Saint-Vincent. 

Passage au bio et diversification dans le blanc et le rosé

De son côté, Nicolas Florian, le maire de Bordeaux demande "la création rapide d'un groupe rassemblant les maires de communes concernées ou impactées par les mesures américaines", à savoir les taxes à l'exportation.

Et les mentalités évoluent. Ainsi, plus de 10% des exploitations sont désormais labellisées bio (ou en passe de le devenir) et 500 autres ont obtenu le label Haute Qualité environnementale (HQE). Dans le même temps, certains exploitants abandonnent leurs vignobles les moins qualitatifs, le CIVB appelle d'ailleurs les producteurs au "retrait progressif du segment basique".

D'autres tentent de se diversifier notamment en produisant du vin blanc (9% de la production en 2018) du rosé (7%) ou le crémant de Bordeaux, un mousseux qui commence à avoir du succès auprès des Français, notamment au moment de l'apéritif. Leurs ventes ont progressé de 16% en volumes en 2018 à 1,1 million de bouteilles.

Olivier Chicheportiche