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Déremboursement de l'homéopathie: Boiron accuse l'Etat d'être à l'origine du repli de ses ventes en France

Le numéro un mondial de l'homéopathie fait déjà face à un recul de ses ventes, alors que les produits homéopathiques ne seront plus du tout remboursés par la Sécurité sociale à partir de 2021.

C'est "une grande campagne de dénigrement". Invitée dans l'émission Good Morning Business ce vendredi, la directrice générale des laboratoires Boiron, Valérie Poinsot, estime que le gouvernement se trompe non seulement de combat, mais aussi de cible, en voulant dérembourser les produits homéopathiques.

Depuis le début du mois d'octobre, deux arrêtés sont parus tour à tour au Journal officiel afin d'entériner la fin progressive du remboursement des produits homéopathiques par la Sécurité sociale. Le remboursement des produits homéopathiques par la Sécurité sociale passera de 30% actuellement à 15% au 1er janvier 2020, avant de totalement disparaître au 1er janvier 2021. Dans un avis daté du 26 juin dernier, la Haute autorité de santé (HAS) s'était déclarée favorable au déremboursement de ces produits, dont l'efficacité n'a jamais été prouvée scientifiquement. 

Résultats "contrastés" pour Boiron

Une "campagne" dont les laboratoires Boiron subissent déjà les répercussions. Le fabriquant de préparations homéopathiques tricolore affiche des résultats contrastés au dernier trimestre. S'il continue à poursuivre son ascension en Amérique du Nord, le groupe est confronté à de "grosses turbulences" sur le marché français.

Selon les comptes de l'entreprise cotée en Bourse publiés jeudi, Boiron affiche un chiffre d'affaires en repli de 8,2% au troisième trimestre sur un an, à 143 millions d'euros. Sur son premier marché, la France, les ventes refluent de 13,9% sur la même période à 81 millions d'euros. En Amérique du Nord en revanche, elles sont en progression de 8,9% sur un an à 20,3 millions d'euros. 

Recours déposés au Conseil d'Etat

En plus d'avoir déposé des recours auprès du Conseil d'Etat avec son concurrent Lehning pour défendre le remboursement et pointer les irrégularités supposées des deux décrets concernés, la directrice générale des laboratoires Boiron défend le poids des produits homéopathiques dans la consommation des Français.

"Plus de 50% des Français utilisent régulièrement de l'homéopathie. (…) Il faut savoir que l'homéopathie en France répond – en France mais partout dans le monde – à des enjeux majeurs de santé publique. A l'heure où nous parlons d'antibio-résistance, du fait que les Français consomment trop de benzodiazépines, on dit aux Français: 'arrêtez de vous soigner à l'homéopathie'. Et les Français ne comprennent pas", indique-t-elle.

Des prix qui devraient augmenter

Valérie Poinsot poursuit son argumentaire. Si elle considère ce déremboursement comme particulièrement problématique, c'est bien parce que, selon elle, cette situation s'avère "dramatique avant tout pour la santé publique des Français".

Mais elle tient à le préciser: au-delà du débat qui entoure l'industrie homéopathique, ce déremboursement à venir aura un impact négatif sur le pouvoir d'achat. "C'est un problème parce qu'à partir du moment où vous êtes déremboursé, les mutuelles ne peuvent pas prendre en charge automatiquement. Vous avez la TVA qui passe de 2,1 à 10% et puis vous avez le prix qui devient libre. Donc bien évidemment les prix vont augmenter".

J.C-H