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D'où vient la cacophonie autour de la vente d'André?

Jusqu'en 2001, le groupe Vivarte portait encore le nom de sa marque emblématique, le chausseur André.

Jusqu'en 2001, le groupe Vivarte portait encore le nom de sa marque emblématique, le chausseur André. - Georges Gobet - AFP

Contrairement aux informations de presse parues ce mercredi, Vivarte ne compte pas vendre André, a fait savoir la direction à la mi-journée. Mais alors d'où sort cette rumeur? Et est-elle si loufoque que cela?

"André n'est pas à vendre". C'est de cette manière lapidaire que la direction du groupe Vivarte a répondu ce mercredi aux informations d'Europe 1. Selon la station, le groupe de prêt-à-porter en grande difficulté avait décidé de se séparer de sa marque emblématique, celle dont il portait le nom jusqu'en 2001. Mais quelques heures plus tard, l'exécutif du groupe coupait court aux rumeurs. "Aucun mandat n'a été donné", ajoute son porte-parole, à la veille de la réception des syndicats du groupe à Bercy.

L'éventualité de la vente d'André avait de quoi surprendre. C'est autour de la marque de souliers que s'est construit le géant français de la chaussure et du vêtement. Une marque qui compte plus de 130 magasins et 750 salariés. La pépite d'un groupe qui cumule les pertes et les restructurations depuis la fin des années 2000, mais dont le portefeuille regorge d'autres grands noms de la mode de tous les jours, comme La Halle, Kookai, Caroll, Naf Naf, ou encore Minelli et San Marina pour la chaussure.

Pour autant, cette possibilité ne paraissait pas dénuée de tout fondement à Christophe Martin, délégué CGT de la marque de chaussures. Lui n'est au courant d'aucune décision concernant André. Le prochain comité de groupe n'aura lieu que fin janvier. "Mais nous savons que le business plan fourni par notre PDG à celui de Vivarte", le quatrième du genre pour la marque qui perd 10 millions par an depuis quatre ans "n'a pas été validé par la direction", indique le délégué syndical. 

Autre indice qui pouvait laisser croire que le groupe abandonnerait sa marque emblématique: "Kookaï et Pataugas, qui sont en vente depuis des mois, n'ont fait l'objet d'aucune offre de repreneurs". Du coup, les fonds de pension Alcentra, Babson, GLB Partners et Oaktree, qui ont racheté le groupe en 2007 via une opération de LBO, s'impatientent. "Ils réclament le remboursement du milliard et demi de dette héritée de ce deal", souligne Christophe Martin.

Or André est sans doute l'actif du groupe le plus beau à marier. Donc ces fonds de pension "auraient très bien pu pousser Patrick Puy, le nouveau dirigeant de Vivarte, à s'en défaire", avance encore le représentant syndical, pour qui le mandat donné au dirigeant consiste à "dégager du cash". Un dirigeant dont les marges de manœuvre semblent bien maigres, étant donné qu'il succède lui-même à 3 autres PDG nommés puis débarqués en moins de deux ans par ces actionnaires.

Autre hypothèse quant à cette rumeur sur la vente d'André. Elle pourrait résulter d'une sorte de "technique de l'épouvantail", un grand classique pour les conseillers en communication de crise des entreprises. Concrètement, il s'agit de donner à la presse -officieusement bien sûr- une information susceptible de faire très peur aux pouvoirs publics et à l'opinion. Puis de finalement la démentir, pour annoncer ensuite un plan d'économie certes drastique, mais qui paraîtra alors bien moins mauvais que la solution démentie.

Nina Godart
https://twitter.com/ninagodart Nina Godart Journaliste BFM Éco