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Coronavirus: le Pont-du-Gard et la Grande-Motte déserts, sans perspective de réouverture

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Les sites touristiques parmi les plus visités de France sont fermés en ces temps de confinement, et totalement désertés. Des riverains dénoncent “un confinement punitif et imbécile”.

Joyau du patrimoine mondial, le Pont du Gard accueille jusqu'à 7.000 visiteurs par jour. Confinement oblige, le site de 165 hectares est fermé et désert, comme la dizaine de kilomètres de plages de la Grande-Motte, habituellement parmi les plus fréquentées de Méditerranée.

Inscrit sur la liste de l'Unesco en 1985 en sa qualité de "témoin du génie créateur humain", le Pont du Gard, construit au Ier siècle par les Romains, est un agencement rare de trois ponts superposés, constitués respectivement de 6, 11 et 35 arcades. Réalisé en pierre locale, du calcaire molassique, il a pulvérisé les records de l'époque par l'ouverture de son arche centrale de 24,50 m d’envergure avant d'être abandonné au VIe siècle.

Elément majeur de l'aqueduc qui fournissait de l'eau courante à Némausus, l'ancienne Nimes, le Pont du Gard se targue d'être le monument antique le plus visité de France. Il a reçu 15 millions de visiteurs en 10 ans, 60.000 scolaires chaque année et génère 145 millions d'euros de retombées économiques dans cette région du Sud de la France.

Les perspectives de réouverture restent floues

En ce week-end du 1er mai qui s'annonce, des centaines de touristes se seraient normalement pressés sur ce site antique. Mais depuis le 17 mars, les parkings bondés en saison, sont déserts et barrés de barrières sur lesquelles figurent des pancartes indiquant: "Conformément aux directives gouvernementales, le site est actuellement fermé au public jusqu'à nouvel ordre".

Sur ses chemins de garrigue et le long des berges de la rivière Gardon qu'il enjambe, on ne croise plus que des renards, des castors et des oiseaux heureux de retrouver une nature préservée d'une fréquentation touristique hors norme.

"On attend impatiemment les décisions qui vont émaner des ministères et des services de la préfecture mais pour le moment les perspectives de réouverture restent floues", souligne Sébastien Arnaux, directeur général de ce site qui est pourtant "très étendu" et "à l'air libre".

En France, le "déconfinement" doit se faire progressivement à partir du 11 mai. 

Un confinement punitif qui mine la population

Un peu plus à l'ouest, sur la Méditerranée, à deux pas des pyramides de la Grande-Motte (Hérault), station touristique recevant un million de vacanciers par an, le "lido de l'Or", le cordon littoral sableux qui ferme la lagune du même nom, est également fermé et rendu aux seuls oiseaux. 

Situées entre les deux secteurs fortement urbanisés de la Grande-Motte et Carnon, deux stations balnéaires implantées de manière controversée en 1968 par la mission Racine sur une zone naturelle d'une extrême richesse et à proximité de Montpellier, les deux plages du Petit et du Grand Travers sont habituellement parmi les plus fréquentées de Méditerranée.

"Je suis excédée de ne pouvoir accéder à la plage et à la mer", avoue Edith Richer, habitant le front de mer à la Grande-Motte.  "Je ne vois pas pourquoi il y aurait un risque à se promener sur la plage ou à se baigner sur des zones très étendues puisqu'on permet d'aller dans les supermarchés, des jardineries ou des transports en commun bondés", s'énerve cette retraitée, en regardant de loin la succession de cordons dunaires d'une grande valeur écologique et d'une extrême fragilité. 
"Le gouvernement pratique un confinement punitif et imbécile qui mine la population moralement", lance-t-elle. 

Confrontés aux récriminations croissantes des habitants sur la fermeture des plages qui s'étirent sur plus de 200 km en ex-Languedoc-Roussillon, les maires des communes littorales sont suspendus aux décisions gouvernementales et préfectorales pour une éventuelle réouverture, à quelques semaines du temps fort estival.

N.G. avec AFP