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Comment un film a failli tuer un cépage bordelais

Les grands crus de Merlot, longtemps plombés après leur dénigrement dans un film américain à succès, recommencent à séduire.

Les grands crus de Merlot, longtemps plombés après leur dénigrement dans un film américain à succès, recommencent à séduire. - Justin Sullivan - AFP

Depuis 2004 et la sortie du film Sideways, le Merlot, pourtant ultra-populaire aux États-Unis dans les années 90, ne faisait plus du tout recette. 14 ans plus tard, ce cépage traditionnel bordelais renaît de ses cendres.

Les grands crus de Merlot recommencent enfin à séduire depuis quelques mois, raconte Bloomberg. Les ventes en version "haut de gamme" ont crû de 5% en 2016, selon Nielsen. Et les buveurs de tous âges désignent ce cépage comme leur premier choix pour le Wine Intelligence 2016.

Une renaissance pour des vins confrontés à un violent désamour depuis 2004, et la sortie du film Sideways aux États-Unis. Ce roadmovie qui suit Miles et Jack, deux quadras paumés, sur la route des vins en Californie, fait un carton au box-office et décrochera Oscar, Bafta et Golden Globes.

Problème pour les malheureux viticulteurs qui cultivent le Merlot plutôt que la Grenache ou la Syrah: l'un des personnages abhorre le Merlot. Cette haine transpire notamment dans une scène culte: celle où Miles hurle avant d'entrer au restaurant: "si quiconque commande du Merlot, je m'en vais. Je ne bois aucun p****n de Merlot"!

Après la sortie du film, les agriculteurs de la Napa Valley arracheront plus de 4.000 kilomètres carrés de ceps de Merlot. Mais la responsabilité d'Hollywood dans ce massacre est somme toute relative. La véritable raison du déclin réside dans une vérité révélée par le film: la multiplication de crus de Merlot médiocres sur le marché.

Une surproduction de Merlot

La faute à la surenchère des vignobles de l'ouest américain sur ce cépage traditionnel bordelais. Pour surfer sur son énorme popularité dans les années 90, beaucoup de viticulteurs s'étaient mis à en planter à tort et à travers, sans tenir compte d'un climat ou d'un sol peu propice à sa culture, et usant de pratiques viticoles peu orthodoxes.

Ainsi le Merlot, qui couvrait plus de 24.000 hectares de vignes à son apogée en Californie, est repassé sous les 17.000 aujourd'hui. Sa culture s'est concentrée sur les terrains argileux, ceux qui favorisent particulièrement le goût de ses raisins. Il est en outre vinifié plus doucement, dans des fûts de chêne de qualité. Avec à l'arrivée, d'excellents vins qui séduisent à nouveau les amoureux américains de rouge.

Nina Godart