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Vin: le millésime 2017 sera rare mais il s'annonce remarquable

Les conditions sont réunies pour que le vin soit bon.

Les conditions sont réunies pour que le vin soit bon. - Raymond Roig - AFP

À cause du gel puis de la sécheresse, la récolte dans les vignobles français sera la plus petite depuis 1945. Mais, à ce stade, les professionnels tablent sur un millésime de qualité.

L'année 2017 aura été particulièrement éprouvante pour les vignerons français. Les vignobles ont été touchés successivement par une vague de gel meurtrière puis de la sécheresse. La France va ainsi connaître sa plus petite récolte depuis 1945.

"La production de vin pourrait s'établir en 2017 à 37,2 millions d'hectolitres, soit un niveau inférieur de 18% à celui de 2016, et de 17% à celui de la moyenne des cinq dernières années", indique le service statistique du ministère de l'Agriculture, Agreste, dans un communiqué. Pour Jérôme Despey, viticulteur et président du conseil spécialisé vin chez FranceAgriMer, les 37 millions d'hectolitres seront même difficiles à atteindre. Et de rappeler que les tests du ministère, "réalisés début août", ne constituent pas une évaluation très fiable: "C'est lorsqu'on vendange qu'on se rend compte de la réalité de la récolte" relève-t-il. Pour mémoire, la plus petite récolte d'après-guerre, en 1991, avait atteint 41 millions d'hectolitres.

"C'est beaucoup trop tôt"

Évidemment, tous les viticulteurs ne sont pas logés à la même enseigne. L'épisode de gel a été extrêmement localisé. Certaines propriétés ont donc été très touchées et d'autres quasiment pas. Pour les parcelles où les pieds de vigne sont encore porteurs de quelques grappes, la qualité a de fortes chances d'être au rendez-vous: "Le millésime peut avoir une teinte heureuse, voire très heureuse", nous confie un négociant en vins de Bordeaux. Et d'ajouter: "On sait que toutes les composantes sont là pour que ce soient des grands vins".

En effet, l'ensoleillement a été maximal et le manque de pluie a, au moins, permis d'éviter la propagation de certaines maladies. Même son de cloche pour Jean-Philippe Lemoine, directeur marketing et commercial de Château d'Yquem, qui nous explique que "les conditions sont propices". Même si pour ce prestigieux sauternes, un peu de pluie serait la bienvenue afin que s'intalle enfin la pourriture, indispensable à l'élaboration de ce vin liquoreux.

Carine Delacroix, conseillère viticole a sein de l'Union Régionale Agricole de Branne-Libourne-Targon, se montre plus circonspecte. "Les blancs commencent à être ramassés. Les contrôles de maturité sont plutôt bons. En revanche, pour les rouges, il est beaucoup trop tôt. Ils seront ramassés entre mi-septembre et début octobre. Et tout peut encore arriver, de la pourriture s'il pleut trop ou de la sécheresse s'il fait trop chaud". Le vrai enjeu sera donc de trouver le bon moment pour vendanger. La conseillère viticole se montre catégorique: "tant que ce n'est pas dans les cuves, on ne peut rien affirmer". Les professionnels commenceront tout de même à se faire une idée cette semaine avec le début des contrôles maturité: "On saura ce qu'on tient dans les mains", avance Carine Delacroix.

"Les caves sont pleines de vins pas encore vendus"

Quoiqu'il en soit, de bonnes grappes ne font pas forcément de grands crus. Tous les experts du secteur font preuve d'une grande prudence. Trop de facteurs sont encore à prendre en compte.

Tout comme il est encore trop tôt pour dire si les prix des bouteilles vont augmenter. Certes, la récolte est faible et les raisins sont mûrs à souhait. Sauf que d'autres critères entrent en ligne de compte. Il faut notamment se rappeler que "les caves sont pleines de vins pas encore vendus" de l'année précédente, explique Jérôme Despey. Un millésime qui a, par ailleurs, été réussi, précise Carine Delacroix. 2017 ne sera donc pas une année de rebond sur le plan qualitatif. De plus pour qu'un grand vin soit reconnu comme tel –et que donc son prix bondisse– "il faut qu'il soit perçu comme tel par le grand public. Il faut qu'il crée des passions", nous précise le négociant en vins. Impossible, pour le coup, d'en avoir le coeur net avant mars.

Diane Lacaze