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Ce qui se cache derrière les différentes appellations de vin rosé

La France est le 1er producteur mondial de vin rosé avec 7,6 millions d’hectolitres produits en 2014 soit 30% de la production mondiale.

La France est le 1er producteur mondial de vin rosé avec 7,6 millions d’hectolitres produits en 2014 soit 30% de la production mondiale. - Patrick Müller-Licence Creative Commons

En période estivale, faste pour la consommation de rosé, mieux vaut rester attentif aux origines des différentes bouteilles. Le très sérieux Bureau Veritas rappelle les règles strictes régissant les appellations alors que les rosés représentent 30% du total des vins bus en France.

Le vin rosé qu'on (re)découvre l'été a tendance à s'imposer tout au long de l'année. Ces vins vendus bien moins de 10 euros en général, profitent d’une augmentation constante de la consommation, pour représenter aujourd’hui près d’un tiers des vins bus en France. Ils ont même réussi à dépasser la consommation de vins blancs (30% de rosé contre 17% de blanc et 53% de rouge). Avec 8,1 millions d’hectolitres (soit 36% de la consommation mondiale), la France est même le 1er pays consommateur de vin rosé, selon le conseil international des vins de Province (CIVP). L'Hexagone est aussi le premier producteur mondial de rosé (cf encadré ci-dessous).

Mais, au-delà de cet engouement qui ne se dément pas, toutes les bouteilles ne se valent pas, ne serait-ce que sur le plan de leurs origines. Les bouteilles de rosé sont en général estampillées soit d’une AOP (Appellation d’Origine Protégée, le nouveau nom de l’AOC), soit d’une IGP (Indication Géographique Protégée). Mais, "savez-vous ce qui se cache derrière ces deux appellations" rappelle le très sérieux Bureau Veritas dans un document publié en pleine période estivale.

Une IGP désigne une zone de production plus étendue que l'AOP

Une AOP (ex-AOC) désigne un savoir-faire viticole pratiqué dans une zone géographique très précise, souvent répartie sur le territoire d'une ou de plusieurs communes nommément désignées. C'est le cas, pour le Tavel, (première AOC accordée uniquement en rosé en 1936) localisé près de Nîmes (Gard) ou du Bandol Rosé, produit sur le territoire de plusieurs villes des Bouches-du-Rhône dont la ville de Bandol.

La désignation IGP concerne, quant à elle, une zone géographique englobant plusieurs départements, par exemple le Pays d’Oc ou le Val de Loire. Depuis 2009, nombre d'anciens "vins de pays" sont ainsi devenus des indications géographiques protégées (IGP) reconnues au niveau européen.

Ces deux appellations garantissent une origine précise et surtout des règles de production et de vinification bien codifiées. Dans les deux cas, un cahier des charges strict doit être respecté (cépages reconnus, vinification…). "AOP et IGP protègent des siècles de tradition", rappelle Isabelle Peumery, chargée d’affaires chez Bureau Veritas Certification. Ce cahier des charges diffère en fonction de chaque appellation.

Un cahier des charges très strict pour les AOP

En revanche, les deux appellations ne sont pas similaires en termes d'exigence. Pour l’AOP (dont le cahier des charges est plus stricte que l’IGP), on ne compte pas moins d’une trentaine de critères rien que pour les vignes.

Par exemple, pour un vin en appellation "Corbières", la vigne doit être taillée en "gobelet" (arrondie sur son pied, plutôt que horizontale sur un fil, en "cordon"), le feuillage doit mesurer minimum 70 cm sur pied (pour garantir la photosynthèse et donc l’apport du sucre). Selon ce même cahier des charges, on ne doit pas compter plus de 4.000 pieds de vigne par hectare et le poids des grappes ne doit pas dépasser 9.000 tonnes par hectare.

Chez Veritas, des inspecteurs vont même, sur le terrain, jusqu'à vérifier que les vignes respectent le cahier des charges imposé par l'appellation.

La vinification est très encadrée, elle aussi

"On peut passer jusqu’à cinq heures à arpenter les rangées, carte du cadastre à l’appui", explique Sandra Rongieras, inspectrice chez Bureau Veritas. Pour les vignes IGP, des documents suffisent dans ce cas, précise-t-on chez ce spécialiste de la certification, ce qui souligne les différences entre les niveaux d'exigence des deux appellations.

Enfin, une fois les vignes vendangées, les maîtres de chai et les vinificateurs savent qu’ils ne peuvent pas dépasser un certain rendement, et qu’en plus certains matériels leur sont parfois interdits. Par exemple, les pressoirs continus à vis sans fin sont plus efficaces mais ils écrasent parfois trop les pépins, explique-t-on chez Veritas.

De même, les vignerons doivent aussi respecter des règles d’assemblage des vins issus de cépages différents: 2 minimum pour un Corbières AOP, parmi ceux désignés pour cette appellation : Syrah, Grenache, Mourvèdre, Carignan...Des efforts qualitatifs qui visent aussi à définitivement éradiquer la réputation de vin "de soif" qu'a longtemps traînée avec lui, le rosé.

L'engouement pour le vin rosé en chiffres

Avec 8,1 millions d’hectolitres (soit 36% de la consommation mondiale), la France est le 1er pays consommateur de vin rosé. Les Français en consomment en moyenne 20 bouteilles par an et le rosé représente désormais plus de 31% de la consommation totale de vin en France (contre 10,8% en 1990).

En 2014, 22,7 millions d’hectolitres de vin rosé ont été consommés dans le monde, soit une augmentation de 20% depuis 2002.

La Provence, avec 165 millions de bouteilles de rosés en 2014, est la 1ère région en France productrice de vin rosé AOP. Elle fournit près de 40% de la production nationale et environ 5,6% des rosés du monde.

F.Bergé