BFM Eco

Buraliste, un métier condamné... à la diversification

Les Français pourront, à partir de l'été 2020, régler leurs impôts, leurs amendes mais aussi leurs factures de crèche, de cantine ou d'hôpital dans les bureaux de tabac, en espèces ou par carte bancaire.

Les Français pourront, à partir de l'été 2020, régler leurs impôts, leurs amendes mais aussi leurs factures de crèche, de cantine ou d'hôpital dans les bureaux de tabac, en espèces ou par carte bancaire. - Pascal Pavani-AFP

Jadis convoités, les bureaux de tabac peinent désormais à retrouver preneur. Les 24500 professionnels en activité, sont confrontés à une inexorable chute de la vente de tabac. Pour survivre, ils doivent se diversifier. Et l'État les y aide.

Frappés par les hausses successives du prix du tabac qui découragent les fumeurs, les buralistes ont d'abord misé sur l'action syndicale revendicative auprès des pouvoirs publics pour freiner le déclin de leur activité. Voici un peu moins de deux ans, en octobre 2017, une grande manifestation de protestation contre la hausse du paquet de cigarettes, qui doit passer à 10 euros en 2021, a été organisée. Ce temps là est révolu. Désormais, l'heure est plutôt à l'action "entrepreneuriale" visant à accompagner la transformation de leur métier. En témoigne l'abondement de 80 millions d'euros du fonds de transformation issu du protocole d’accord 2018-2021 signé fin décembre 2018 entre la confédération des buralistes et l’État. Chaque buraliste dont le projet répond aux critères du fonds de Transformation peut percevoir une aide équivalent à 30% des dépenses engagées, avec un montant plafonné à 33.000 euros.

-
- © Source : confédération des buralistes

Pourtant, le contexte économique reste difficile pour les buralistes dans certaines régions. Dans l'agglomération dijonnaise, une quarantaine de bureaux de tabac étaient à vendre cet été, s'inquiétait le quotidien régional Le Bien Public. La situation économique est également délicate dans certaines régions frontalières du Nord, de l'Est et du Sud de la France. Ces zones subissent la rude concurrence de pays limitrophes où les cigarettes sont vendues bien moins chères que dans l'Hexagone (Belgique, Luxembourg, Espagne) confirme-t-on à la confédération.

Les départs à la retraite d'une profession vieillissante (49 ans d'âge moyen), la désertification rurale et le recul de l'activité économique de certaines villes moyennes excentrées, se cumulent pour précipiter les cessations d'activité.

Mais, les débitants de tabacs sont-ils voués au déclin? "Les transactions aboutissant à une reprise d'activité par un repreneur ont progressé de 1%" affirme Isabelle Dujardin, responsable de la communication à la confédération des buralistes. Selon elle, le nombre de fermetures par an, de l'ordre de 500 actuellement, a plutôt baissé par rapport au millier enregistré auparavant.

-
- © Source: confédération des buralistes.

Pour enrayer le déclin inexorable de leur activité, les buralistes ont entamé une réorientation de leur métier. Ils ont commencé à "changer" leur logiciel en évoluant vers un commerce de proximité multiservice.

Après avoir manqué, faute d'y croire, les débuts du marché de la cigarette électronique, les buralistes ont saisi l'intérêt, avec ce produit, de conquérir une clientèle d'ex-fumeurs. "Les bureaux de tabac sont très bien placés pour fournir des conseils aux candidats au vapotage dont ils connaissent les habitudes" affirme-t-on à la confédération des buralistes, qui y voit une illustration emblématique de leur diversification dans le commerce.

La vente de billets SNCF débute cet été

Dans un autre domaine, la vente de billets SNCF vient aussi d'être enclenchée par la profession. Des buralistes de cinq régions françaises vont commencer avant la fin de cet été à vendre des billets de TER, ont annoncé début juillet la SNCF et la confédération des buralistes.

Une convention passée entre les deux partenaires prévoit la mise à disposition pour les bureaux de tabac d'un nouvel outil de vente constitué d'une application sur smartphone ou tablette et d'une imprimante.

Puis, les Français pourront, à partir de l'été 2020, régler leurs impôts, leurs amendes mais aussi leurs factures de crèche, de cantine ou d'hôpital dans les bureaux de tabac, en espèces ou par carte bancaire. Le règlement des impôts, qu'il soit effectué en espèces ou par carte bancaire, ne pourra se faire, lui, que jusqu'à 300 euros.

Ce "paiement de proximité" pour les factures de services publics, les impôts (taxe foncière, d'habitation...) et les amendes sera d'abord mis en place dès le 1er janvier 2020 dans 18 départements test, avant d'être généralisé à compter du 1er juillet 2020. À terme, le service pourrait s'étendre à la totalité des 24.500 bureaux de tabac du pays.

Parmi les départements où ce nouveau service sera proposé à compter du 1er janvier 2020 figurent la Seine-et-Marne, les Hauts-de-Seine, le Calvados, la Charente-Maritime, la Marne, le Bas-Rhin, le Vaucluse, la Guadeloupe, la Martinique ou encore la Corse-du-Sud.

Frédéric Bergé