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Au Pérou, un Français remet à l'honneur le travail en prison

Pietà a une particularité: tous les vêtements sont fabriqués par des détenus de trois prisons péruviennes

Pietà a une particularité: tous les vêtements sont fabriqués par des détenus de trois prisons péruviennes - Pietà

Fondée par un jeune créateur français, la marque de prêt-à-porter Pietà offre la possibilité aux prisonniers péruviens d’améliorer leur quotidien et de préparer leur sortie en fabriquant des vêtements.

Deux ans après son lancement, la marque péruvienne Pietà dispose de sa propre boutique à Lima, ses vêtements en matières 100% organiques sont commercialisés chez des détaillants à Miami et Los Angeles et les ventes en ligne permettent de toucher des acheteurs aux quatre coins du monde. Une "success story" de plus dans le monde du prêt-à-porter? Pas seulement.

Car Pietà a une particularité: tous les vêtements sont fabriqués par des détenus (hommes et femmes) de trois prisons péruviennes. Un projet né à l’initiative de Thomas Jacob, un créateur français de 28 ans expatrié en Amérique du Sud depuis six ans.

Alors qu’il assiste en 2012 à une pièce de théâtre dans une prison au Pérou, Thomas Jacob rencontre des détenus qui lui expliquent que l’établissement dispose de machines à coudre, peu ou pas utilisées. Dans son esprit germe alors l’idée de produire une marque de vêtements totalement intégrée à la prison. Les premiers articles verront le jour quelques mois plus tard, en septembre 2013.

À la recherche de nouvelles sources de financement

Aujourd’hui, une trentaine de personnes produisent pour Pietà. L’intérêt pour les détenus est triple: ce travail leur permet de gagner de quoi améliorer leur quotidien à la prison, de réduire leur peine d’un jour à chaque journée travaillée, et de se former à de nouvelles compétences en prévision de leur vie d’après, une fois qu’ils seront sortis.

Thomas Jacob n’a donc aucun mal à fédérer autour de son projet des prisonniers qui avaient de toute manière montré un fort enthousiasme dès le démarrage de l’aventure. Les difficultés sont plutôt d’ordre financier: "Le manque de capital nous ralentit forcément, on avance pas à pas de forme indépendante en utilisant seulement nos recettes pour investir" a-t-il confié à BFM Business. Le fondateur de Pietà regrette notamment de ne pouvoir "participer aux salons professionnels, ni engager des agents commerciaux pour assurer [leur] promotion".

Demain, d’autres pays?

Dès lors, comment se développer? Thomas Jacob explique avoir pensé au financement participatif, qui pourrait sans peine permettre à Pietà de trouver les soutiens nécessaires. Problème, l’entrepreneur français n’a pas encore trouvé de plateforme permettant de financer un projet localisé au Pérou. Un obstacle qu’il serait souhaitable de lever, car Thomas Jacob a de la suite dans les idées: il aimerait développer Pietà dans d’autres pays, pour "pouvoir profiter de l’artisanat et des traditions japonaises, africaines par exemple en travaillant dans les prisons là-bas". Mais sans brûler les étapes: "Cela m’a demandé beaucoup de travail en amont, pour l’instant mieux vaut solidifier Pietà ici".