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Comment les lobbys industriels en France ont multiplié les "pressions" durant la crise sanitaire

"Tirant profit de l’urgence et d’une situation exceptionnelle, ils ont poussé leurs intérêts auprès des décideurs, parfois avec une bonne dose de cynisme, sur des sujets qui n’avaient rien à voir avec le contexte sanitaire et social" dénonce les Amis de la Terre à propos des lobbys, dans un rapport.

"Tirant profit de l’urgence et d’une situation exceptionnelle, ils ont poussé leurs intérêts auprès des décideurs, parfois avec une bonne dose de cynisme, sur des sujets qui n’avaient rien à voir avec le contexte sanitaire et social" dénonce les Amis de la Terre à propos des lobbys, dans un rapport. - Jacques Demarthon-AFP

La crise liée au coronavirus a été l'occasion pour des lobbys industriels de tenter d'assouplir des régulations sociales et environnementales, dénoncent ce mercredi deux ONG: les Amis de la terre et l'Observatoire des multinationale. Leur rapport a un titre évocateur: "Lobbying: l'épidémie cachée".

Le confinement n'a pas mis un coup d'arrêt aux "pressions amicales" des lobbys industriels sur les institutions et les pouvoirs publics. Au contraire. Pendant cette crise sanitaire, "les représentants des principales industries polluantes - l'énergie, le transport aérien, l'automobile, se sont immédiatement mobilisés (...) pour obtenir l'abandon, la suspension ou la remise à plus tard de nombreuses régulations", dénoncent les Amis de la Terre et l'Observatoire des multinationales dans un rapport intitulé: "Lobbying: l'épidémie cachée".

"S'abritant derrière la crise sanitaire, les industriels ont multiplié les attaques contre les régulations sociales et environnementales et joué de leur proximité avec les décideurs et de l'urgence pour capter des aides publiques sans véritable contrepartie" écrit l'association les Amis de la Terre dans son document.

"Imposer leur agenda technologique et industriel"

L'aspect, "moins visible mais peut-être encore plus dangereux à terme, consiste à capter à leur profit les aides publiques directes et indirectes mobilisées par les gouvernements dans le cadre de leurs plans de sauvetage et de relance, et d’imposer leur agenda technologique et industriel afin de sortir gagnant dans le monde d’après. De l’industrie pharmaceutique à l’agrobusiness, en passant par la voiture électrique et le numérique, de nombreuses entreprises ont adapté leur stratégie et leur communication pour se tailler la part du lion dans les dépenses publiques massives en train d’être engagées, sans véritable contrepartie économique, sociale ou environnementale" dénonce le rapport de l'ONG.

Le Medef, principale organisation patronale en France, avait demandé fin avril "un moratoire" sur la mise en place de mesures environnementales, notamment dans la lutte contre le gaspillage et le recyclage, demande rejetée par la ministre de la Transition écologique Elisabeth Borne.

Brune Poirson dénonce l'explosion du recours au plastique

Lundi 31 mais, la secrétaire d'État Brune Poirson dénonçait dans La Provence l'explosion du recours au plastique encouragé "parfois par des messages des lobbies". "Tous ces lobbies, on les a fait sortir par la grande porte à l'occasion de la loi-antigaspillage qui a été votée en janvier dernier et ils sont en train de revenir par la fenêtre", dit-elle.

Ils n'ont pas été les seuls, selon les deux ONG, qui citent des demandes de l'Association française des entreprises privées (AFEP), des secteurs automobile, aérien ou agricole.

Pour les ONG, il est essentiel que les aides accordées par l'Etat pour soutenir des industries polluantes soient conditionnées à "un plan de réduction de leurs émissions de gaz à effet de serre et à la sortie programmée de leurs activités les plus néfastes".

Les ONG critiquent le recours aux agro-carburants

Elles citent l'exemple des prêts de sept milliards d'euros accordés à Air France, qui devra réduire certaines liaisons nationales si elles sont réalisables en 2h30 en train et réduire ses émissions de gaz à effet de serre.

Mais ces liaisons pourraient être "transférées à des filiales low cost d'Air France", relèvent les ONG qui critiquent aussi le recours aux agro-carburants pouvant contribuer à la déforestation, et à la "compensation carbone" en plantant des arbres, insuffisante pour réduire les émissions de gaz à effet de serre.

Pour ces ONG, il est urgent de renforcer la transparence du lobbying en France, en rendant par exemple publics les rendez-vous entre décideurs et représentants d'intérêts, en mettant en place un observatoire indépendant "qui assure la transparence sur les aides publiques" ou encore "des conditions juridiquement contraignantes et vérifiées" pour les entreprises qui en bénéficient.

Frédéric Bergé avec AFP