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Comment les couples gèrent-ils leur argent ?

L'argent est souvent un sujet tabou au sein d'un couple

L'argent est souvent un sujet tabou au sein d'un couple - RogerlO1- CC

En France, plus de 6 couples sur 10 mettent leurs revenus en commun. Mais quand les sentiments s’étiolent, l’argent devient fréquemment un sujet de crispation.

Être en couple c’est ne faire qu’un. Un seul appartement, un seul lit, mais aussi un seul compte bancaire. C’est en tout cas le modèle qui prévaut en France. Selon un rapport de l’Insee, 63% des couples mettent en commun la totalité de leurs revenus sur un compte commun, qui sert alors aussi bien à régler les dépenses collectives (loyer, nourriture…) que personnelles.

1 couple sur 5 ne met en commun qu'en partie son argent

Un couple sur cinq préfère mettre en commun une partie seulement de leur argent. Dans ce cas, chacun des conjoints alimente une "caisse" destinée aux dépenses collectives, qui ont été définies au préalable.

Puis chacun s’acquitte de ses dépenses personnelles et s’offre des petits plaisirs sur la part restante de ses revenus. Enfin, 16,5% des couples ont choisi de gérer chacun de leur côté leurs revenus, les dépenses communes étant réglées par l'un ou l'autre.

Les jeunes couples font plus souvent comptes à part

Mais comment les couples décident de la gestion de leur porte-monnaie? Il existe autant de paramètres et de motifs que de ménages, mais quelques grandes tendances se dessinent. La mise en commun total des revenus est plus fréquente chez les couples mariés. Le mariage est en effet un engagement durable, et basé sur la confiance, où le "ce qui est à toi est à moi" est une évidence.

De ce fait, les jeunes couples (moins de 5 ans de vie commune) sont moins nombreux à mettre toutes leurs billes en commun. Les conjoints qui n’en sont pas à leur première union sont aussi plus nombreux à conserver une autonomie dans la gestion de leurs couples. Ils sont plus de 60 % à garder des comptes séparés quand il y a un enfant né d’une première union ou bien qu’il y a une pension alimentaire à verser ou bien reçue.

L'argent n'est pas un sujet tant que tout va bien

Car si l’argent n’est pas un sujet que les couples abordent quand tout va bien, c’est aux premiers accrocs que le sujet est abordé. Et que cela peut laisser des traces pérennes.

"Quand les personnes ne sont pas satisfaites dans leur couple, cela devient un sujet de dispute. Chacun cherche à reprendre ses billes qu’il peut y avoir des conflits", explique Delphine Roy, chercheuse à l’Institut des politiques publiques, qui a à son actif plusieurs études sur l’argent dans le ménage.

Même si avec l’émancipation des femmes, tous les deux participent au fonctionnement du ménage, l’argent reste un sujet tabou dans le couple.

Dans 20% des couples, le salaire de l'autre est inconnu

"Les avocats vous disent que lorsque les gens arrivent dans leur cabinet pour divorcer, il y en a à peu près un sur cinq qui ne connait pas le salaire de son conjoint. Ils en ont même pas parlé, ou n’ont jamais osé en parler et c’est une catastrophe", témoigne sur BFM Héloïse Bolle, conseillère en gestion de patrimoine et auteure de Les bons comptes font les bons amants.

Le mieux est donc de prendre les devants, et d’en parler dès que l’idée de faire un bout de chemin ensemble devient une évidence. Le compte commun adopté par la majorité des Français se révèle la solution la plus prudente et la plus pratique.

"Je le conseille dans la plupart des cas, et surtout pour les grosses dépenses, c’est-à-dire quand on achète une maison, qu’on paye des impôts à deux, parce que souvent quand on est pacsé ou marié souvent on a une déclaration commune, et les deux sont obligés de participer à l’impôt." , détaille Héloïse Bolle. En cas de désaccord, il sera ainsi facile d’établir que chacun a participé à ses dépenses.

L'égalité n'est pas la meilleure solution

Mais quelle somme y verser ? Le code civil donne une orientation: chacun doit participer à hauteur de ses revenus.

Je préfère l’équité à l’égalité, tranche Héloise Bolle . On essaie de participer de manière équitable, c’est-à-dire que celui qui gagne plus participe un peu plus et celui qui gagne moins, contribue un peu moins , conseille-t-elle.

Si les revenus entre les deux sont déséquilibrés, ce qui est très fréquent puisque les femmes gagnent en moyenne 25% de moins que les hommes, il faut donc se pencher sur une répartition des dépenses qui doit permettre que chacun y trouve son compte. Car, si l’on part d’un partage égalitaire, celui qui gagne moins va investir l’essentiel de ses revenus dans les frais de fonctionnement du ménage, tandis que l’autre aura de quoi se construire une épargne. À l’inverse, si le couple établit son train de vie sur celui qui gagne le moins, l’autre pourra souffrir de devoir vivre dans la frugalité alors qu’il a les moyens de vivre confortablement.

L'achat d'un bien immobiler, un moment clé

L’achat d’un bien immobilier est aussi un moment clé de la vie d’un couple, qu’il est nécessaire d’encadrer.

"Il ne faut pas faire l’autruche sur le sujet du logement et de l’immobilier, qui représentent souvent 60 % du patrimoine. Quand il y a un crash, pas forcément un divorce, cela peut être un décès, cela va faire très mal ", met en garde la conseillère.

Lors d’un achat à deux, il faut demander au notaire d’inscrire l’apport de chacun dans la partie "apport financier", en plus du crédit.

Le crédit immobilier doit être remboursé par les deux

Mais il faut aussi veiller à ce que le crédit soit remboursé par les deux. "Il ne faut pas se lancer dans un système où madame paye le crédit et monsieur paye les courses, ou l’inverse parce qu’il y a des situations, notamment lorsqu’ils vivent en union libre, où cela peut être très dangereux" , prévient Héloise Bolle.

Lors de la séparation celui qui a payé le crédit immobilier peut revendiquer une créance auprès de celui qui a payé le quotidien. Les histoires d'amour qui finissent mal, ce n'est pas qu'une question de coeur brisé, c'est aussi un portefeuille à plat.

Coralie Cathelinais Journaliste BFM Éco