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Comment la seringue unidose peut révolutionner les campagnes de vaccination

La monodose développée par ApiJect

La monodose développée par ApiJect - ApiJect

Avec un système de dose unique en plastique, ApiJect promet un remplissage express et une facilité d'injection rapide. Le dispositif, qui doit encore être validé, sera surtout un enjeu majeur pour les futures épidémies.

Dans le monde bouillant des medtech, la pandémie de Covid-19 est un accélérateur impressionnant. A part les initiés, qui connaissait BioNTech ou Moderna avant que les deux startup ne se lancent dans la production d'un vaccin? En voici une autre qui pourrait bien devenir mondialement connue: ApiJect.

L'entreprise a été fondée en 2018 par un Britannique, Marc Koska, engagé depuis 35 ans dans l'aide humanitaire. Alarmé par la transmission du VIH due à la réutilisation des seringues usagées, il développe dans les années 1980 une seringue autobloquante, brevetée et distribuée dans le monde entier.

Alors que 40 milliards d'injections sont réalisées chaque année, 1,3 million de personnes meurent par l'utilisation d'une seringue usagée, contaminées par des hépatites ou le VIH, selon une étude de l'Université Huddersfield. En lançant ApiJect, un an avant la pandémie de Covid-19, Marc Koska poursuivait donc cette lutte.

Le but de l'entreprise est de faciliter les injections en fabricant des doses uniques en plastique avec une aiguille à visser. Le flacon n'est plus en verre mais en polyéthylène, tandis que l'aiguille perce le flacon et se visse uniquement sur ce dispositif.

En réalité, la conception du flacon monodose n'a rien d'une nouveauté. Appelés BFS (Blow-Fill-Seal), ces flacons sont moulés, remplis et scellés lors de la fabrication pour obtenir des produits parfaitement stériles. L'idée d'ApiJect est de proposer une aiguille spéciale, qui viendrait percer la dose et se fixer dessus pour créer une dose unique de vaccin.

Lorsque le Covid apparait, la startup propose ses services à l'administration américaine qui n'hésite pas à sortir le chéquier un contrat de 138 millions de dollars en mai 2020 suivi d'une prêt de 600 millions de dollars en novembre dernier.

"Vacciner toute la population française en deux mois"

Le BFS répond à plusieurs enjeux. Sur le plan industriel, il est plus simple et moins coûteux à fabriquer que les flacons de verre dont on craint des pénuries. Et puisque la pandémie est mondiale, ApiJect serait d'une aide majeure dans les pays en développement qui seront les moins bien lotis dans le contexte de la crise.

Et d'autres fabricants devraient suivre. "Nous sommes en discussions avec eux pour l'acquisition de licences" explique Eric Goupil, PDG d'Unither, le leader mondial du BFS. Le groupe amiénois assure que cette technologie pourrait radicalement accélérer la fabrication du vaccin. "Avec deux machines, on pourrait vacciner toute la population française en deux mois" assure son patron.

Pour les prochaines pandémies

Mais des obstacles restent encore à lever pour créer des doses de vaccin prêtes à l'emploi. Lors de la fabrication, le précieux liquide est injecté juste après la formation du flacon et est donc chauffé par le processus. "Si le vaccin est vivant, ça peut peut-être l'abimer" souligne Eric Goupil. Le risque est notamment important pour les laboratoires qui développent des vaccins "classiques", c’est-à-dire qui utilisent des adénovirus pour créer une réaction immunitaire chez le patient. Selon ses dires, ApiJect semble avoir trouvé le moyen de sceller ses flacons à basse température mais des tests sont encore en cours pour assurer son efficacité.

En réalité, l'utilisation de BSF sera probablement déterminante pour les futures pandémies et peut-être même pour celle de Covid-19 si le vaccin revient chaque année. Au-delà des enjeux sanitaires, il faut encore s'équiper sur le plan industriel. "Il nous faudrait 18 mois pour développer le même système, si on ne perd pas de temps" prévoit Éric Goupil.

Thomas Leroy Journaliste BFM Business