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Ces villes victimes de la disparition des distributeurs de billets

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De fin 2015 à fin 2018, le nombre de distributeurs de billets a diminué de 5,3% en France. Rurales ou urbaines, toutes les communes sont concernées.

Ils sont de plus en plus nombreux à tirer la sonnette d'alarme. Lundi, le sénateur LR Jean-François Husson s'est rendu dans son département de Meurthe-et-Moselle pour alerter sur la désertification bancaire. À Minorville, où il a tenu une conférence de presse suivie par nos confrères de France 3 Grand Est, l'élu a dénoncé la disparition progressive des distributeurs automatiques de billets (DAB), notamment en zones rurales. 

Dans ce village de 230 habitants, le distributeur le plus proche se trouve à 25 minutes en voiture. Une illustration concrète de la "fracture" française, selon l'élu qui pointe le "sentiment de relégation" des habitants vivant dans ce qu'on appelle la "France périphérique". Celui qui travaille sur le dossier depuis deux ans vient d'envoyer une lettre à Bruno Le Maire, ministre de l'Économie. Il estime en effet que "l'accès au cash doit faire partie d'un service public" et que l'État a de fait "un rôle à jouer", nous explique-t-il. 

La tendance est nationale. Entre fin 2015 et fin 2018, le nombre de distributeurs de billets a diminué de 5,3% dans l'Hexagone, passant de 55.629 automates à 52.697, selon une étude de la Banque de France publiée en juin 2019. "Au total, sur la période 198 communes ont été déséquipées, c’est-à-dire qu’elles ont perdu tous les distributeurs qui étaient présents sur leur territoire à fin 2015", note l'institution.

"Il y a de grosses zones blanches", dénonce Jean-François Husson. "Vous avez dans ces territoires, un certain nombre de personnes dont la carte ne sert qu'à effectuer des retraits parce qu'elles ont des ressources modestes", rappelle-t-il. En outre, seule la Banque Postale a enregistré une hausse de son parc au cours de la période 2015-2018 (+2%) alors que dans le même temps, les Français restent attachés au cash: deux tiers de leurs achats en magasins sont encore réglés en liquide. 

"Les personnes âgées et les personnes modestes ont besoin de retirer"

Jean-François Husson n'est pas le seul à se plaindre de cette situation. Car la problématique semble toucher aussi bien les petites communes de moins de 2000 habitants -où sont implantés seulement 6,7% des distributeurs du pays- qu'urbaines. Et pour cause, si les villes les plus peuplées concentrent 77,8% des automates, la disparition progressive des DAB y est aussi beaucoup plus marquée (-6,8% en moyenne entre 2015 et 2018 dans les communes de 10.000 habitants et plus contre -2,8% pour les communes de moins de 10.000 habitants). 

À Champigny-sur-Marne (Val-de-Marne), ville de 78.000 habitants, le maire PCF Christian Fautré a déploré la fermeture récente de deux agences bancaires. "On assiste à une stratégie bancaire qui consiste à s'éloigner des gens", or, "ces services sont extrêmement utiles. Les personnes âgées et les personnes modestes ont besoin de retirer", nous assure-t-il. Lui aussi a tenté d'alerter le ministre de l'Économie. Sans obtenir de réponse convaincante. 

Les habitants qui voient les distributeurs disparaître de leur quartier "ont le sentiment de ne pas être pris en considération", explique encore Christian Fautré. "Ca rend leur vie quotidienne plus difficile", ajoute-t-il, déplorant la "sacro sainte rentabilité financière qui l'emporte sur l'intérêt général". En effet, les banques se retirent souvent en raison des coûts d'exploitation trop élevés de ces agences. "Avoir un ou deux agents avec des clients qui déposent très peu, ce n'est pas intéressant pour elles", reconnaît l'élu de Champigny. Mais selon lui, "on ne peut pas relancer la vie commerciale, le lien social, si on supprime tous les services, y compris les services privés". 

Alternatives

À Cirey-sur-Vezouze, le maire René Acrement a failli perdre le dernier distributeur de sa commune. Il a finalement trouvé un arrangement pour le conserver en acceptant que la ville paye 7500 euros par an à l'établissement bancaire pour le convaincre de rester. Certaines communes victimes de la désertification bancaire ne passent même plus par une banque pour avoir leur distributeur de billets mais par des transporteurs de fonds comme Brinks et Loomis qu'elles rétribuent pour assurer la maintenance et la gestion des éventuels soucis de retrait.

Mais pour Christian Fautré, les villes n'ont pas vocation à payer pour un service qui devrait être assuré par d'autres: "Je pense qu'il est illusoire de penser que les communes, auxquelles on réduit très sensiblement les moyens financiers, pourront corriger ce que font les banques. [...] Pourquoi ce sont toujours les communes qui doivent compenser ce que les autres ne font pas?". 

D'autres collectivités s'appuient sur des conventions conclues entre certains établissements bancaires et des commerçants afin que ces derniers installent un DAB dans leurs locaux. Reste enfin la solution du cashback. Elle consiste à retirer de l'argent directement chez le commerçant en payant par carte un montant supérieur à la valeur de son panier. Ainsi, le "trop-payé" est rendu en espèces.

Encore faut-il ne pas se trouver dans une zone blanche où il n'est pas toujours simple de faire fonctionner son terminal de paiement. Par ailleurs, le cashback "nécessite un acte d'achat" contrairement à un retrait simple et "il y a des points de vente où le cashback ne fonctionne qu'avec la carte de l'établissement bancaire" qui le propose, précise Jean-François Husson. 

Troisième parc d'Europe

Jean-François Husson qui dit ne pas "vouloir d'une France de relégués" demande à ce que le "territoire national soit mieux couvert avec peut-être moins de distributeurs où il y en a trop" aujourd'hui. Car le problème ne semble pas tant être le nombre de DAB que leur répartition. 

En effet, selon la Banque de France, la France possède le troisième parc d'Europe en nombre de distributeurs de billets (derrière le Royaume-Uni et l'Allemagne) et le sixième en termes d'automates par habitant. En outre, 98,9% de la population réside soit dans une commune équipée, soit dans une commune située à moins de 15 minutes en voiture de la commune équipée la plus proche.

Un chiffre critiqué par le sénateur de Meurthe-et-Moselle: "C’est la première fois de ma vie où je vois que la donnée de référence est un temps de parcours". Qui plus est exprimé "en voiture, dans un climat écolo" et alors que l'on parle d'un service de proximité. 

Paul Louis