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Avec leurs vidéos chez Lidl, Action ou Gifi, les youtubeuses conso passionnent les internautes

Avec plus de 700.000 abonnés, la youtubeuse Laurette cartonne avec ses vidéos de produits de grande consommation.

Avec plus de 700.000 abonnés, la youtubeuse Laurette cartonne avec ses vidéos de produits de grande consommation. - Youtube

Leurs vidéos font des centaines de milliers de vues sur YouTube, certaines en vivent... Qui sont ces youtubeuses qui se filment dans les magasins discount et pourquoi leurs vidéos marchent aussi bien?

Un plan sur le magasin Action dans une zone commerciale d'Ile-de-France, une visite au rayon des plantes artificielles, un passage en revue de bougies, des comparatifs de prix de gels douches, un coup de coeur pour des billes en chocolat en promo...

Comme quasiment tous les jours depuis deux ans, Razika fait le tour des magasins de sa zone de chalandise dans le département de la Seine-et-Marne. Ses terrains de chasse: Lidl, Gifi , Action, Kiabi, ou encore Stockomani, Ikea, Primark... Un petit tour rapide du magasin en quête des arrivages de la semaine. Le tout filmé avec son smartphone avec quelques commentaires sur les produits, le prix ou plus personnels sur sa vie à elle. Postées ensuite sur sa chaîne YouTube Mes secrets de nana, ses vidéos rencontrent un franc succès. De plusieurs dizaines à plusieurs centaines de milliers de vues pour chacune.

On connaissait les youtubeuses beauté, les youtubeuses mode, voici venues les influenceuses conso. Pas de vernis à ongle hors de prix, de sacs de créateurs ou de petits hauts dénichés dans des boutiques parisiennes branchées dans leur vidéo. Simplement des produits de déco pas cher, des robot ménagers, des détergents et autres gadgets pas chers. Des produits du quotidien qui ne font a priori pas rêver.

"J'aide surtout les gens à faire des listes de courses, explique la youtubeuse Razika. Ce sont les produits que les gens achètent, des magasins dans lesquels ils vont. On pensait avant que c'était du low-cost de piètre qualité mais on s'est rendu compte que l'on y trouvait de bons produits à très bas prix. Il y a même une fierté à aller dans ces magasins aujourd'hui."

Un succès qui a tout de même surpris la youtubeuse.

"Je suis Action-addict depuis 5 ans et j'ai décidé en 2018 de faire des petites vidéos de visite de magasins pour mes amis et ma famille, explique-t-elle. J'étais en congés parental après mon troisième enfant et j'avais un peu de temps. Au début je faisais 100 vues tout au plus. Et quelques mois plus tard, je me suis aperçue qu'on était passé à plusieurs dizaines de milliers sans m'en rendre compte. C'est un peu mystérieux, personne n'a la recette de YouTube."

Des vidéos vivantes, des youtubeuses qui racontent de petites anecdotes personnelles, des marques bien mises en avant dans l'intitulé et sur la vignette de la vidéo... Le succès de ces Youtubeuses ne doit rien au hasard. Et rapidement, elles réussissent à fédérer une communauté. Comme Laurette, youtubeuse à l'accent chantant de Perpignan surnommée "Maman Youtube" par ses fans parce que quadragénaire elle est un peu plus âgée que la youtubeuse moyenne.

Pas payées par les marques

Plus axée sur les produits de beauté (mais toujours abordables), Laurette est suivie par plus de 710.000 personnes sur la plateforme. Laurette n'hésite pas à critiquer les produits qu'elle n'aime pas. Un de ses plus gros succès (1,2 million de vues) est un test de cosmétiques Lidl à 1,99 euro. Et elle n'hésite pas à être incisive. Car pour avoir du succès, il faut être indépendante et ne pas se transformer en "homme sandwich" de la marque.

"Je n'ai quasiment jamais fait de contenu sponsorisé, seulement deux en cinq ans, et je l'ai toujours précisé, indique Laurette dans une vidéo. Je suis persuadée que si quelqu'un est payé, on a des doutes sur ce qu'il raconte."

Et pourtant elles sont évidemment très sollicitées.

"Je reçois une quantité considérable de mails chaque jour pour des partenariats, mais je n'en fais jamais, assure Razika. Parfois j'accepte des cadeaux comme le Monsieur Cuisine de Lidl, mais on ne m'a demandé aucune contre-partie promotionnelle."

Car les enseignes se sont adaptées à ce nouveaux relais de communication. Pas besoin de proposer de payer ces influenceurs pour qu'on parle de leur marque, ils le feront d'eux-même. Les enseignes acceptent qu'on filme à l'intérieur, qu'on cite le magasins, qu'on montre les produits et les prix.

"Nous laissons une totale liberté aux influenceurs sur ces contenus, explique-t-on du côté de Lidl. Ce sont des leviers de visibilité et de communication formidables auprès des consommateurs, qui permettent une mise en avant souvent très positive de nos offres."

Et si elle ne sont pas payées par les marques, certaines de ces influenceuses réussissent à vivre de leur production. Même si elles tiennent à rester discrète sur le montant de leurs revenus.

"Grâce aux pubs sur mes vidéos YouTube, j'ai des rentrées d'argent équivalentes à ce que je gagnais avant l'administration", assure Razika. Pas de quoi flamber mais simplement de vivre de sa passion.

"J'alerte sur la surconsommation"

Une passion pour la consommation qui suscite quelques critiques. Ces influenceuses ne poussent-elles pas les gens à surconsommer des produits pour la plupart fabriqués en Asie au mépris des enjeux environnementaux. Les youtubeuses s'en défendent.

"Je ne suis pas là pour vous inviter à surconsommer, assure Laurette dans une vidéo. Je teste des produits pour que les gens n'aient pas un avis biaisé. Si je poussais à surconsommer, vous trouverez des liens vers les produits dans mes vidéos, je vous donnerais des codes promo, ce qui n'est jamais le cas."

D'ailleurs, dans leur vidéo certaines font même de la prévention.

"J'alerte régulièrement les gens sur les dangers de la surconsommation, assure Razika. Je n'achète pas plus de produits depuis que je fais ces vidéos, je prends seulement ce dont j'ai besoin. J'ai acheté récemment une essoreuse à salade parce que je n'en avais plus, mais c'est tout."
Frédéric Bianchi
https://twitter.com/FredericBianchi Frédéric Bianchi Journaliste BFM Éco