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Autolib': gestion approximative, objectifs surévalués et manquements au contrat

Si les Autolib' ont disparu depuis l'arrêt du service fin juillet, une partie des bornes de recharge va être réactivée à partir du 1er décembre prochain.

Si les Autolib' ont disparu depuis l'arrêt du service fin juillet, une partie des bornes de recharge va être réactivée à partir du 1er décembre prochain. - AFP PATRICK KOVARIK

La chambre régionale des comptes d'Ile-de-France a publié, mardi, un long rapport sur le fiasco Autolib', ce service de véhicules électriques en libre-service à Paris et proche banlieue. Entre des objectifs financiers difficilement atteignables et une communication impossible entre les différentes parties, il ne reste finalement plus qu'une lourde addition à la fin.

D'Autolib', on ne retiendra finalement qu'un fiasco économique. Si de nombreux Franciliens regrettent toujours ce service de véhicules électriques en libre-service, sa courte histoire semblait devoir se terminer de la sorte. C'est ce qu'il ressort d'un long rapport publié par chambre régionale des comptes d'Ile-de-France, un peu plus de deux ans après l'arrêt définitif du service.

Retour en 2009 : la Ville de Paris et quinze collectivités proches créé le syndicat mixte Autolib’ et Vélib’ Métropole (SAVM) en prévision du déploiement des services auto et vélos. C'est le groupe Bolloré qui a alors été choisi pour le déploiement de ses "bluecar" et des stations.

Mais le projet est-il viable ? "Le plan d’affaires tablait sur une augmentation du chiffre d’affaires de 113 % sur la durée de la concession (12 ans). Les locations représentaient 85 % des recettes, les abonnements 15 %" détaille le rapport. Le tout avec une juteuse redevance annuelle de 4,6 à 6 millions d'euros dès 2018 pour le concédant, le SAVM.

Quatre ans de retard

Voilà pour le plan. Dans la réalité, rien ne s'est passé comme prévu. D'abord parce que déploiement a pris bien plus de temps que prévu : quatre ans de retard pour enfin aboutir à la réception de la 1098ème station.

"Un tel retard a eu nécessairement pour effet un nombre d’abonnements et un nombre de locations de véhicules très inférieurs aux prévisions initiales" souligne le rapport. "Cependant, aucun avenant n’en a tiré les conséquences pour le PAI (plan d'affaires initial) qui n’a pas été modifié."

"Il est apparu non seulement que le déploiement retardé avait eu une incidence forte sur les résultats de la concession mais aussi que les prévisions initiales d’abonnements et de locations avaient été significativement surévaluées" tranche la cour des comptes.

A ces retards s'ajoutent une communication visiblement inexistante. À la fin de l’année 2013, les comptes de la concession affichaient un déficit net de 125 millions d'euros. "Le syndicat n’a été informé de l’importance du déficit que lors de la réception mi-2013, soit plus de 18 mois après le début de l’exploitation" poursuit le rapport. De son côté, le SAVM n'a "pas exigé immédiatement du concessionnaire qu’il produise un plan d’affaires actualisé, intégrant les résultats des années précédentes et précisant les perspectives financières à l’échéance de la concession."

Absence de recapitalisation

Pourtant, un comité de suivi devrait être créé pour permettre aux deux parties de mieux communiquer. Un comité mort-né car les deux parties n'ont justement pas réussi à s'entendre sur la rédaction de son règlement intérieur.

Le groupe Bolloré est aussi clairement montré du doigt pour sa gestion via sa filiale Autolib'. "Durant les sept années d’exploitation du service, le concessionnaire n’a pas réellement recherché les moyens de restaurer l’équilibre financier du service" tranche le rapport qui lui reproche une absence de recapitalisation, malgré ses engagements mais aussi l'accroissement du parc des véhicules "alors que les abonnements et les locations demeuraient très inférieurs aux prévisions".

De ce fiasco, il reste toujours une facture : un déficit de plusieurs centaines de millions d'euros et une action en justice pour tirer un trait sur le conflit entre Bolloré et le SVAM.

Thomas Leroy Journaliste BFM Business