BFM Eco

Comment fonctionnent les consignes pour la livraison de repas

Un coursier à vélo exerçant pour la plateforme de livraison de repas Deliveroo. (image d'illustration)

Un coursier à vélo exerçant pour la plateforme de livraison de repas Deliveroo. (image d'illustration) - Gérard Julien - AFP

Les acteurs de la livraison comme Deliveroo et UberEats vont devoir se mettre aux contenants réutilisables d’ici à 2023. La consigne serait une option, mais tout le système reste à inventer.

Uber Eats, Deliveroo, Suchi Shop, Foodchérie et autres appli de livraison de repas ont désormais trois mois pour dévoiler leur stratégie "0 déchet". Une demande formulée la semaine dernière par Brune Poirson, la secrétaire d’État à la transition écologique, qui estime que "si nous n’engageons pas ce secteur résolument dans la transition écologique, nous allons très vite crouler sous leurs déchets plastiques".

Pour ne plus utiliser de contenants à usage unique d’ici 2023, comme le prévoit la loi anti-gaspillage, les acteurs de la livraison réfléchissent à la consigne, sur le principe de ce qui se fait avec les bouteilles en verre. Chez UberEats par exemple, "on va travailler sur la livraison zéro déchet en collaboration avec les autres acteurs de notre secteur: les restaurants, les livreurs, l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie-restauration, les porteurs de projets et les autres plateformes", détaille Manon Guignard, porte-parole du groupe à BFM Eco.

Qui se charge de ramener les contenants?

La consigne est bien une option, mais UberEats en est encore "à réfléchir au meilleur endroit où l’intégrer dans notre place de marché à trois parties. Est-ce qu’il faut que ce soit au niveau du livreur? Du restaurant? Du consommateur?", souligne Manon Guignard.

Chaque option soulève son lot d’implications. Si c’est le client qui doit rendre son plat comme il rapporte son verre consigné en festival, "il faudra le sensibiliser à la nécessité de ne pas casser la chaîne de réutilisation ", continue la porte-parole. "Si c’est au livreur de s’en occuper, il faudra trouver un système pas trop compliqué, pas trop lourd. Et il ne faut pas qu’il y ait un risque que le retour tardif des contenants retarde le restaurateur dans la préparation de ses plats", liste la porte-parole.

Des solutions de livraison de plats consignés existent pourtant, et montrent déjà leur efficacité. Par exemple chez i-Lunch, une start-up française née il y a un an. Cette cantine digitale a des contrats avec une grosse trentaine d’entreprises qui n’ont pas de restaurant. i-Lunch livre donc des repas à leurs salariés sur leurs lieux de travail, dans des contenants réutilisables, moyennant une caution d’un ou deux euros.

Des box dans des magasins partenaires

Une fois qu’ils ont mangé, les utilisateurs n’ont plus qu’à remettre leurs contenants vides dans un "meuble consigne digital" installé par i-Lunch dans l’immeuble de leur entreprise. "Le prix de la consigne est alors automatiquement recrédité sur leur compte ilunch", explique sa PDG, Victoria Benhaim. Tandis que les livreurs d’i-Lunch repassent en fin de journée récupérer tous les contenants, les ramener à la plonge centrale, avant qu’ils soient redistribués aux traiteurs partenaires de la start-up, et que le cycle recommence.

Un tel système pourrait-il s’adapter à la livraison à domicile? C’est justement ce qu’a commencé à développer i-Lunch pendant le confinement avec Télé Restau, une offre à destination des télétravailleurs. Elle permet notamment de se faire livrer chez soi un panier de 5 repas à réchauffer, tous dans des plats en pyrex réutilisables. Cette fois, pour le retour des plats, la start-up a noué des partenariats avec des magasins de proximité pour installer ses "meubles consigne digitale" au plus près du domicile des clients. Les télétravailleurs ont également l’option de ramener les contenants sur leur lieu de travail lorsqu’ils s’y rendent.

Mais est-ce que des clients qui ont déjà la flemme d’aller chercher leurs plats jusqu’au restaurant vont se déplacer pour rendre des contenants réutilisables? "Nos clients ont été très disciplinés dès le lancement, et ils nous disent se sentir utiles, accomplis, en ramenant leurs plats", s’enthousiasme Victoria Benhaim. "Et la carotte des quelques euros à récupérer pour quelques mètres à parcourir fonctionne. Le tout, c’est de créer un concept simple" selon elle. Par exemple en laissant du temps pour rapporter les plats consignés, pour que le client puisse le faire à l'occasion d'un passage à son bureau ou au magasin partenaire.

Nina Godart
https://twitter.com/ninagodart Nina Godart Journaliste BFM Éco