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D'ici cinq ans, Renault va investir dix milliards d’euros dans l’électrification

Le constructeur automobile développera une gamme de dix nouveaux modèles de véhicules électriques d’ici 2025, confirme son directeur général Luca De Meo ce mercredi.

Face aux ambitions de concurrents comme Volkswagen et Stellantis, Renault entend rester l’un des leaders de la voiture électrique dans les prochaines années. Ce mercredi, dans le cadre d’une conférence intitulée "Renault eWays", Luca De Meo a détaillé la nouvelle stratégie du groupe en matière de véhicules zéro émission.

Dix nouveaux modèles électriques d'ici 2025

Fidèle au plan Renaulution dévoilé en janvier, le Groupe Renault compte lancer dix nouveaux modèles électriques (dont sept pour la marque Renault) d’ici 2025. Cinq ans plus tard, en 2030, Renault compte commercialiser 90% de voitures électriques. Pour y parvenir, la marque au losange va investir 10 milliards d’euros.

"Depuis 2009, nous avons investi 5 milliards d’euros dans l’électrification, a expliqué Luca De Meo. Nous investirons dix milliards d’euros dans l’électrification dans les cinq prochaines années".

Certes, la somme est trois fois moins élevée que celles annoncées par les géants Volkswagen ou Ford, qui affichent des investissements au-delà des 30 milliards d'euros. Mais la somme reste conséquente vue la situation financière difficile du Groupe, en perte l'an dernier et qui a souscrit un PGE, au plus fort de la crise du Covid. Luca De Meo s'est cependant voulu rassurant.

"Beaucoup de travail a été fait pour réduire les coûts fixes, les coûts variables, pour l’amélioration de nos prix, de notre politique commerciale, nous explique Luca De Meo, en prévision des résultats financiers semestriels de la fin juillet. [Ces dix milliards d'euros, ndlr] sont tous les investissements que nous faisons sur les usines, les plateformes. Nous avons évoqué ElectriCity au début de la semaine. Il faut que nous mettions de l’argent sur la transformation de l’usine, l’intégration de l’usine de batteries, mais il y a aussi la nouvelle plateforme qui nous permettra de faire des voitures comme la R5, une voiture abordable, et cela demande des efforts en matière d’engineering pour baisser les coûts. Et cela coûte de l’argent, beaucoup d’argent, mais c’est bien, cela projette Renault dans le futur".

"Maîtriser la chaîne de la valeur"

Ces dix milliards vont en effet servir à développer des nouvelles technologies, mais aussi à se réorganiser. "La maîtrise de la chaîne de valeur" a été le maître mot de la conférence de ce mercredi. Ou comment éviter que les fabricants de semi-conducteurs, de cellules de batteries ou de logiciels empochent ce qui fait la valeur d'une voiture électrique.

Renault a donc fait alliance avec Envision, pour les batteries de la R5, pris 20% de la start-up Verkor pour développer celles des futures Alpine, rapatrier la conception en interne de certains composants électroniques, en partenariat avec STMicroelectronics. De quoi anticiper de possibles pénuries alors que la production de véhicules électriques s'accélèrent.

"Nous considérons que le contrôle de la chaîne de la valeur de la voiture électrique est un des éléments stratégiques pour n’importe quel constructeur dans le futur, et ce matin nous avons démontré que nous étions bien placés pour être un leader alors que certains croyaient que nous avions pris du retard", poursuit Luca De Meo.

Le directeur général de Renault annonce ainsi que produire une R5 coûtera 33% de moins au groupe que produire une Zoé. "Il existe de véritables économies sur les coûts de production quand un constructeur change de modèles, il améliore la conception du nouveau, les technologies, nous explique Phillippe Houchois, analyste chez Jefferies International. Il ne faut pas non plus oublier que des sommes pour le développement de voitures thermiques sont réallouées à celui des véhicules électriques".

Huit milliards d'euros de PIB par an, selon Luca De Meo

Notre expert rappelle également que si les plateformes sont développées par Renault, les sommes investies par Envision pour la production de batteries par exemple ne comptent pas dans les dix milliards annoncés par Luca De Meo ce mercredi.

"D’ici 2025, nous produirons un million de véhicules électriques sur deux plateformes", a expliqué Luca De Meo. L’une des plateformes sera dédiée aux modèles haut de gamme et sportifs, dont la gamme Alpine, l’autre pour les véhicules cœur de gamme, comme la R5 et un modèle inspiré de la mythique 4L. Dacia devrait conserver des motorisations hybrides afin de maintenir des prix de vente plus bas.

"Nous sommes en train de créer un écosystème, le plan Renaulution il vaut au moins 8 milliards d’euros de PIB par an, résume Luca De Meo. […] Une voiture électrique a beaucoup plus de valeur ajoutée qu’une voiture traditionnelle sur la nouvelle chaîne de la valeur. Et la discussion est sur la valeur ajoutée que l’on est capable de générer dans ce pays".
Pauline Ducamp
https://twitter.com/PaulineDucamp Pauline Ducamp Cheffe de service BFM Auto