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Vers un fort durcissement du malus automobile?

Malus au poids, malus déplafonné et durci, la facture pourrait s’alourdir fortement l’an prochain. Les professionnels du secteur eux s’inquiètent.

Comment verdir le parc automobile français tout en favorisant la reprise du marché en pleine crise sanitaire puis économique, c’est l’équation que s’attache à résoudre le gouvernement depuis le printemps. Alors que les Français ont retrouvé le chemin des concessions depuis le déconfinement, notamment via le plan de soutien à l’automobile dévoilé fin mai par Emmanuel Macron, les premières discussions en préambule de projet de loi de finances 2021 et de la loi à venir issue des propositions de la Convention Citoyenne sur le Climat (CCC) ont mis le secteur en émoi.

"Le gouvernement nous dit, pas d’augmentation d’impôt pour compenser les dépenses liées à la Covid, mais il y a sur la table une taxe à 4,4 milliards d’euros, à travers notamment une nouvelle taxation de la masse des véhicules, qui pèserait sur les consommateurs", a lancé ce mercredi dans L’Opinion Luc Chatel, président de la Plateforme de la Filière Automobile (PFA).

Un malus sur le poids dès 1,4 tonne

Cette sortie de Luc Chatel fait suite à une rencontre en fin de semaine dernière entre les professionnels de l’automobile, les représentants de Bercy et les membres de la Convention citoyenne. Ces derniers ont présenté leurs propositions pour réduire les émissions de CO2 dans l’automobile.

Sur les 4,4 milliards d’euros de taxe évoqués par Luc Chatel, 1,2 milliard d’euros viendrait d’un nouveau malus sur le poids des véhicules. Déjà proposé et retoqué l’année dernière, ce malus fait partie des 146 propositions de la Convention citoyenne validées cet été par Emmanuel Macron afin d’être discutées et traduites dans la loi.

Dans le détail, comme le montre le tableau ci-dessous issu du rapport final de la Convention citoyenne, tous les véhicules au-delà d’1,4 tonne seraient taxés sur leur poids, à hauteur de 10 euros par kilo.

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0 © Convention citoyenne

En revanche, une voiture de moins de 800 kilos pourrait bénéficier d’un bonus de 4000 euros. Entre 1,2 et 1,4 tonne, les véhicules ne seraient pas pénalisés. Tous les véhicules sont concernés: thermiques mais aussi électriques et hybrides, notamment rechargeables.

"Une voiture a une empreinte écologique sur tout son cycle de vie, et plus cette voiture est grosse, plus cette empreinte sur l’environnement est importante", nous explique Mélanie Cosnier, membre de la Convention citoyenne.

En application de ce malus, selon le document issu du rapport de la CCC, un Porsche Cayenne de 1985 kilos serait ainsi pénalisé d’un malus de 5850 euros. Mais un Peugeot 3008 hybride rechargeable pesant 1853 kilos serait lui aussi pénalisé d’un malus s’élevant cette fois-ci à 4530 euros, alors qu’il bénéficie actuellement d’un bonus écologique à l’achat de 2000 euros pour ses émissions de CO2 réduites. En suivant cette logique, une Renault Zoé 100% électrique pesant 1,5 tonne serait aussi sous le coup d’un malus au poids de 1000 euros.

"Nous ne voulons pas interdire les voitures, j’habite dans un petit village, il n’y a pas de transports en commun, poursuit Mélanie Cosnier. Chacun doit pouvoir se déplacer. On peut discuter des propositions. Mais les constructeurs auraient dû commencer à agir il y a dix ans sur le poids".

Un supermalus sur le CO2?

Ce malus au poids est toujours en examen, nous explique-t-on à Bercy qui renvoie au 28 septembre, date de publication du premier jet du PLF 2021 pour savoir s’il est finalement retenu sous cette forme ou abandonné: "Les décisions n'ont pas été prises, les arbitrages seront rendus dans le cadre du PLF21 et du texte CCC".

C’est aussi dans le PLF que sera inscrit le barème 2021 du malus sur le CO2, un barème qui pourrait lui aussi être durci.

De 138 grammes cette année, en cycle WLTP, le malus se déclencherait désormais à 123 grammes de CO2 par kilomètre. La taxe serait aussi plus élevée, avec un malus de 1504 euros pour un véhicule à 138 grammes de CO2 contre 50 euros aujourd’hui. Le malus serait surtout déplafonné au-dessus de 212 grammes, contre un plafond de 20.000 euros aujourd’hui.

"Les pays qui ont réussi leur transition vers l’électrique, comme la Norvège, sont ceux qui ont le plus fortement taxé le thermique, rétorque Marie Chéron, responsable des questions de mobilités à la Fondation Nicolas Hulot. Les constructeurs français ont en plus des modèles plus légers que leurs concurrents, ils ne seront pas les plus pénalisés".

Si ce possible barème sur le CO2 apparait moins sévère que celui proposé dans le rapport de la Convention Citoyenne, qui entrainait par exemple un malus de 35.800 euros sur une Porsche 911 Carrera 4S, il inquiète fortement le secteur, surtout s'il est cumulé avec un malus au poids.

"D'une part, ce malus impacterait 70 % des voitures produites en France au moment où l’on veut lancer un programme de localisation de l’automobile du futur dans notre pays, poursuivait Luc Chatel dans L'Opinion. D’autre part, vous auriez des véhicules taxés sur la masse, mais qui bénéficieraient en même temps de bonus sur le CO2 — un hybride rechargeable lesté de lourdes batteries, par exemple! Avouez que tout cela est contre-productif".

Le détail d'éventuelles nouvelles taxes sur l'automobile devrait donc être dévoilé d'ici la fin du mois. Ce jeudi dans Les Echos, Bruno Le Maire précisait également que le malus n'était pas le seul en discussion: "Les aides seront maintenues pour les véhicules électriques et hybrides rechargeables. Nous verrons à quel niveau mais notre politique sera poursuivie".

Pauline Ducamp
https://twitter.com/PaulineDucamp Pauline Ducamp Cheffe de service BFM Auto