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Pourquoi la France n'a pas de concurrent direct à Tesla comme le nouveau Lucid Motors

Alors qu'une nouvelle marque, Lucid Motors, vient de dévoiler son premier modèle pour concurrencer Tesla, Luis Le Moyne, spécialise du véhicule de demain, regrette notamment l'échec d'un projet français récent: la supercar électrique Furtige eGT.

Lucid Motors vient de dévoiler son premier modèle, la Air. Une luxueuse berline électrique qui vise notamment à concurrencer Tesla. Luis Le Moyne, spécialiste du véhicule de demain et enseignant à l’Institut Supérieur de l’Automobile et des Transports de l’Université de Bourgogne, revient sur les enjeux et le contexte actuel autour de la voiture électrique.

BFM Business - Que peut apporter un nouveau modèle comme la Lucid Air?

Luis Le Moyne - Pendant longtemps, Tesla a été le seul constructeur à proposer un véhicule électrique haut de gamme avec des performances sérieuses. Si des constructeurs traditionnels, comme Porsche, proposent enfin une réponse, cette offre dans le luxe électrique est encore timide. La Lucid Air paraît technologiquement plus avancée que les Tesla même s'il faut se méfier des effets d'annonce et attendre de voir ce que donnera vraiment ce véhicule quand il sera sur la route. Cela ouvre néanmoins des perspectives pour demain, avec des constructeurs différents, en rupture avec le marché automobile traditionnel. Pendant un siècle, on a vendu un objet qui remplaçait le cheval, pour se déplacer d'un endroit à un autre, plus ou moins bien racé, plus ou moins luxueux, alors que ces nouveaux véhicules ne font pas que vous emmener quelque part en proposant de nombreux services. Tesla ne vous vend pas qu'une voiture, il vous vend un grand écran, un filtre anti guerre bactériologique, de la conduite autonome. Un panel d'éléments qui va au-delà du simple plaisir de conduire, à voir ce que Lucid saura proposer à ce niveau.

Quels volumes peut-on envisager sur une berline comme la Lucid Air qui reste assez onéreuse?

Cela va rester très marginal, s'ils atteignent déjà quelques pourcents de parts de marché dans les berlines de luxe ce sera déjà très bien pour un nouvel acteur comme Lucid Motors. Au niveau mondial, le véhicule thermique restera encore pendant de nombreuses années très majoritaire en termes de ventes. Une berline électrique peut tout de même contribuer à implanter une tendance dans l'inconscient collectif en renforcant la bonne image de cette motorisation. Dans le passé, il fut un temps où acheter une voiture diesel revenait à acheter un camion, ça ne consommait pas, certes, mais les performances n'étaient pas vraiment au rendez-vous. Or, avec les progrès réalisés, et notamment les victoires de modèles diesel d'Audi ou PSA aux 24 Heures du Mans, cela a tiré le marché. Peut-être qu'on est dans un mouvement du même ordre avec ces nouveaux acteurs.

La France est-elle aussi prête à produire ce type de véhicules électriques haut de gamme?

Il y a malheureusement une belle aventure qui n'a pas abouti il y a quelques années. Il s'agit de la Furtive eGT, une sportive électrique, un projet porté par Luc Marchetti qui avait fondé la marque Exagon Motors à Magny-Cours (Nièvre). Une supercar 100% électrique de 400 chevaux et qui proposait 300 kilomètres d'autonomie ce qui était considérable il y a maitenant 7 ou 8 ans. Le modèle était très abouti mais tout s'est arrêté à deux doigts du projet d'industrialisation, faute de financements et d'investisseurs. On pourrait avoir un Tesla français depuis pas mal de temps et il serait intéressant de comprendre pourquoi un tel projet n'a pas pu aboutir. Etait-il trop en avance? Faut-il revoir notre système de financement de l'industrie? Il est très regrettable de voir qu'en France on a tout pour réussir mais que de telles aventures prometteuses ne débouchent pas.

https://twitter.com/Ju_Bonnet Julien Bonnet Journaliste BFM Auto